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JEUX DE SOCIETES
(8’40’’)
Bonjour je m’appelle Patrice Sel De Guérande (PSDG pour les uns, PSeudo Directeur Général pour les autres). Je suis Grand reporter dans un Grand journal d’une Grande rédaction dans le Grand pôle, prés de la Grande civilisation des Inuits. « L’Inouï » mon journal est dirigé d’une main glaciale par Patrick Le Bô.
Il y à 6 mois Patrick m’appelle dans son bureau pour me demander de faire un papier sur les suicides récents dans les usines PENAULT spécialisées dans la fabrication d’articles de mode. Les usines PENAULT appartiennent à François Penault, grand propriétaire glacien. Il possède également le groupe Printemps-Eté-Automne-Hiver qui vend tout au long de l’année les produits élaborés dans ses bureaux d’études et fabriqués dans ses usines. Depuis plusieurs saisons le produit le plus à la mode, non seulement chez les Inuits, mais aussi dans le monde entier, est le STRESS. N’ayant jamais eu l’occasion depuis mon arrivée chez les Inuits de savoir ce que c’était, passant mon plutôt mon temps à m’emmerder, je demandais à Patrick de m’en dire un peu plus.
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Le STRESS est un jeu de sociétés. Il se compose d’un dé et de 5 cartes. Le dé n’a que deux faces : une face stresseur et une face stressé. Les cartes, elles s’intitulent sourire, hurlement, humiliation, chance et joker. Le STRESS peut se jouer à plusieurs, mais seuls deux joueurs peuvent s’affronter en même temps. Les règles sont les suivantes:
Un tirage au sort désigne le premier à jouer. Celui-ci lance son dé. S’il tombe sur la face stresseur, il choisit la personne contre qui il va jouer et la carte qu’il va utiliser. S’il prend la carte sourire, il devra stresser son adversaire avec le sourire. S’il choisit la carte hurlement, il devra stresser son adversaire en hurlant. Enfin s’il choisit la case humiliation, il pourra utiliser soit le sourire soit le hurlement pour l’humilier.
La personne désignée lance à son tour le dé. S’il tombe sur la face stresseur, on aura un duel stresseur-stresseur. Il pourra lui aussi, choisir une des 3 cartes citées ci dessus pour stresser son adversaire. En fonction du choix de ce dernier il pourra ou utiliser la même carte, par exemple hurlement-hurlement, ou en prendre une autre qui pourrait donner un combat hurlement-sourire.
Si le dé tombe sur la face stressé, le joueur peut utiliser les trois premières cartes. Dans ce cas il devra être un stréssé souriant, un stressé hurlant, ou un stréssé humilié. Sinon il pourra choisir l’une des deux dernières cartes, chance ou joker. S’il choisit la carte chance, il aura le droit d’absorber une dose de Guronsan ou une dose de Prozac. Attention ces deux produits ne sont pas fournis dans le jeu. Il faudra donc veiller à toujours en avoir sur soi. Cette carte est rarement utilisée en début de jeu. Enfin, s’il choisit la carte joker il aura accès à toute une liste de conseils en suicide. Cette carte est souvent la dernière abattue
Le dernier cas de figure peut opposer deux stressés. Dans ce cas, les 5 cartes sont à leur disposition, chacun choisissant celle qui lui sied le mieux.
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Les raisons pour lesquelles ce jeu fait des ravages m’apparurent tout d’un coup évidentes. D’abord chaque participant peut être à des moments différents stresseur ou stressé. Il peut avoir des attitudes totalement différentes en fonction de son adversaire. Ensuite le STRESS peut se jouer n’importe où, il suffit simplement d’être au moins deux. C’est pour cela que l’on trouve le STRESS partout : à la maison, au travail, chez des amis, à la campagne, en voiture, etc. Et puis tout le monde peut y jouer. Il n’y a pas d’âge limite. Les enfants peuvent jouer avec les parents, les amis entre eux, les salariés avec leurs chefs, les maris avec leurs femmes. On peut même y jouer avec des personnes qu’on ne connait pas, comme en voiture, en discothèque ou quand il y a des grèves….. Enfin, il peut se jouer tout le temps avec un rôle différent à chaque fois. On peut avoir été stresseur à son travail et être stressé par ses enfants quand on rentre. On peut également avoir été stressé par son conjoint et être stresseur avec ses amis. Les cas sont sans limites. Toutes les possibilités existent. C’est tout simplement formidable. Enfin, ce qui est génial et fascinant à la fois c’est de voir de telles métamorphoses s’opérées aussi facilement en aussi peu de temps. « Enorme » comme dit toujours mon ami Pierre Thomas.
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Accompagné de mon fidèle lieutenant Khô Lôm Bô, un petit inuit malin et rusé comme une otarie, je filais à l’aéroport pour prendre un vol d’Inuit. Inuit Airlines, la plus grande compagnie aérienne de la banquise, ne possédait qu’un biplan sans moteur qui ne pouvait glissé que le jour. Il nous fallait donc nous dépêcher.
La glissade jusqu’à l’usine Penault dura deux heures. Arrivés sur place, nous nous rendîmes directement à l’usine où nous avions rendez-vous avec le directeur des Ressources Humaines, un certain Latrouille. Celui-ci nous accueillit avec beaucoup d’inquiétude. Il semblait nerveux et craindre quelque chose. Khô Lôm Bô, en fin observateur, me fit remarqué qu’il venait certainement de jouer une partie de STRESS et qu’il avait du tombé sur la face stressé. Je n’avais encore jamais vu un joueur de STRESS. Mais les symptômes du stressé étaient visibles : mâchoire crispée, sourcils froncés, ongles rongés, légères convulsions des membres inférieurs et supérieurs, hésitation permanente dans le choix des mots et regard fuyant. Tout d’un coup, les larmes au bord des yeux, il sortit de sa poche une petite boite.
« Prozac, me dit Khô Lôm Bô, toujours aussi percutant. Il a du choisir une carte chance », renchérit-il.
S’éclipsant quelques instants pour avaler ses comprimés, il revint en s’excusant.
« Excusez-moi, je suis vraiment désolé.., j’espère que vous ne m’en voudrez pas…, ce n’est pas de ma faute…, je fais de mon mieux…, j’essaie mais…, je vous promets que la prochaine fois…, laissez moi une chance…, je vous en supplie surtout n’en parlez pas ».
Devant tant de courtoisie (Patrick avait omis de me dire que le STRESS rendait si poli) je lui exposais le but de notre visite. Nous souhaitions rencontrer quelques joueurs afin de discuter avec eux de ce phénomène planétaire qu’était le STRESS.
« Je vais vous envoyer l’un de nos meilleurs stresseur me dit-il. Il s’appelle Rôk Khô. Vous verrez, c’est un type remarquable. »
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Rôk Khô était plutôt beau gosse et devait plaire aux femmes. Il se définissait comme un stresseur professionnel et se comparait volontiers aux harders. Pour les catholiques pratiquants je ne sais trop quelles pratiques pas très catholiques, les harders sont des niqueurs professionnels dans les films à caractère pornographique, selon l’expression consacrée. Ils passent leur temps à « baiser » leurs partenaires. Rôk Khô nous cita les différents points communs entre les deux professions. Il fallait être dur et tendu pour arriver à ses fins, être les seuls à prendre du plaisir, faire hurler ses partenaires, les humilier, être endurant et patient. Mais surtout, il fallait tout avoir dans le pantalon et rien dans la tête. A ce sujet sa formule préférée était : « les harders ont une grande queue, nous, on a une grande gueule ». Il en était si fier qu’à chaque fois qu’il la sortait (sa formule, pas sa q….), il partait dans un fou rire.
Au moment où il allait quitté la piéce Khô Lôm Bô lui posa une dernière question.
« Vous n’auriez pas un frère par hasard ?
— Si, Freddy. Il est acteur aux studios XXL, lui rétorqua-t-il.
— C’est bien ce que je pensais. Ma femme adore votre frère, répondit Khô Lôm Bô.
Alors que Rôk Khô s’éloignait tranquillement, le Latrouille réapparut. Gesticulant toujours autant, il nous demandait avec un sourire crispé si tout s’était bien passé, si nous étions satisfaits, s’il ne nous manquait de rien, etc. Je le rassurais et lui demandais si nous pouvions voir quelqu’un d’autre.
« Oui, oui…, tout de suite…, pas de problème…, je m’en occupe…, deux petites secondes ».
Manifestement son état ne s’était pas amélioré. Quelques secondes plus tard nous vîmes arrivé un personnage très calme, précédé de Latrouille dont l’état empirait puisqu’il était maintenant courbé.
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« Je vous présente Monsieur Crôkh Môr, notre Directeur Général » dit Latrouille qui n’arrivait toujours pas à se redresser.
Crôkh Môr était un personnage bas en couleur. Tout de noir vêtu avec une chemise blanche et une cravate bleue marine, il s’assit sans nous saluer. Dés qu’il fût installé à son aise, il tapa dans ses mains, provoquant immédiatement un départ à la Usian Bolt de Latrouille vers Laporte (entraineur de l’équipe de STRESS), qui l’attendait dans le couloir. Alors que je commençais à poser ma première question, il nous fit un grand sourire et nous dit qu’ici nous n’avions pas le droit à la parole, tout du moins tant qu’il ne nous la donnait pas.
« Face stresseur carte humiliation » me susurra discrètement Khô Lôm Bô. «
— Mais nous ne sommes pas là pour jouer, lui répondis-je tout aussi discrètement.
— Lui, si » conclut-il.
Monsieur Môr commença par nous raconter l’histoire du STRESS. Selon lui la plupart des joueurs en ignore l’origine. Sont-ce les stressés qui ont engendré les stresseurs ou les stresseurs qui ont engendré les stressés ? L’univers se posait la même question pour la poule et l’œuf.
Pour les plus grands paléontologues, l’hypothèse la plus probable, est que les stressés ont existé avant les stresseurs. Pour eux, c’est la peur de ne pas pouvoir satisfaire leurs besoins physiologiques à cause de la météo, qui a créée les stressés. Crôckh Môr soutenait cette analyse. Pour lui, l’Homme n’avait aucune responsabilité à l’égard des stressés. Seuls la pluie et le beau temps pouvaient avoir un impact sur leur comportement.
« Ma femme n’est pas d’accord avec vous, s’aventura à dire Khô Lôm Bô.
— J’en ai rien à foutre de votre femme » conclut Môr en se levant et en quittant la pièce sans un mot ni un regard.
Rasant les murs, Latrouille pénétra à nouveau dans le bureau et nous dit que nous ferions mieux de partir maintenant.
Alors que nous rejoigniions notre biplan sans moteur, nous vîmes Latrouille courir en notre direction. En regardant partout autour de lui pour s’assurer que personne ne nous voyait, il nous emmena dans un endroit isolé.
« Allez voir les esquimaux, au Chôkh ô laht, Ils vous en diront plus sur le STRESS ».
Puis il repartit aussi vite qu’il était venu.
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Le Chôkh ô laht était une petite province du Grand pôle située prés de Mikh ô. Khô Lôm Bô la connaissait parfaitement. Il y était né. A notre arrivée, nous fûmes accueillis par le professeur Nina Hagen-dass, veuve du célèbre sportifologue Adi Das, décédé tragiquement dans un combat avec un puma lors d’un safari. Nina était une éminente paléontologue Polonaise, passionnée par l’univers de la glace et apprécié dans le monde entier.
Ereintés par notre journée et nos deux voyages, nous nous rendîmes à l’hôtel et fixions un rendez-vous pour le lendemain matin avec Nina.
Le lendemain à 10h, nous la retrouvions à l’endroit convenu. Elle me demanda tout de suite comment allait Latrouille.
« Pas fort, lui dis-je. Il nous est apparu fébrile comme au bout du rouleau. En revanche, Monsieur Crôkh Môr nous est apparu en pleine forme et au sommet de son art. Mais ses propos quant aux origines du stress ne nous ont pas totalement convaincus et même quelque peu désorientés. »
Nina nous donna alors sa version.
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Pour elle, l’analyse de Môr se défendait, mais elle était incomplète. Le temps était bien à l’origine du stress. Mais avec les siècles, certains stressés devinrent des stresseurs. Cette mutation s’opéra malgré leurs besoins physiologiques pleinement satisfaits. Pour quelques uns, la peur de manquer était devenue une obsession. A la moindre vue de viande ou de volaille les, stresseurs hurlaient systématiquement « Yaka-Fokon ». Devant leur ton plus qu’agressif, les stressés qui ne devaient plus l’être depuis l’invention du congélateur, n’avaient d’autres choix que de partir à la chasse en trainant des pieds et contre leur gré.
« Que signifiait « Yaka-Fokon ?, demanda Khô lôm bô.
—Yaka désignait le Yack, donc la viande, Fokon désignait le faucon, donc la volaille. En hommage à leurs ancêtres, les dignes héritiers des stresseurs ont souhaité faire perdurer l’expression « Yaka-Fokon » qui a toujours le même sens : « si tu veux manger, y’a qu’à, donc faut qu’on…. ».
Et d’arc en flèche, certains stresseurs sont devenus chefs des stresseurs, devenus eux-mêmes chefs des stressés.
Tout cela nous fascinait. Nous découvrions à travers le récit de Nina que le STRESS avait vraisemblablement été le premier jeu de société et qu’il existait depuis la nuit des temps. Alors pourquoi en parlions-nous autant en ce moment ?
« Chaque chose en son temps les amis » nous dit-elle.
Il lui fallait prendre les éléments dans l’ordre. Elle continua son résumé en abordant les caractéristiques et les méthodes des stresseurs.
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Tout d’abord ne jamais oublier que le stresseur est un stressé qui ne peut pas renier ses origines. On ne nait pas stresseur, on le devient. Ensuite, c’est la peur de manquer qui pousse à agir. Cette peur se transforme progressivement en peur de l’autre. Elle est omniprésente chez le stresseur à l’égard de son chef par exemple. Puis il y a la faiblesse. Etre faible face à son supérieur en n’osant pas lui dire ce que l’on pense, va entrainer le faible à se déchainer sur un plus faible que lui qu’il va stresser à son tour. C’est à ce moment qu’il va utiliser les fameuses trois cartes du STRESS.
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La carte « hurlement » est de toute évidence la plus
ancienne, puisqu’à l’époque, le langage n’existait pas. Le stresseur, en ces temps, se démarquait du stressé par des hurlements plus importants assimilés à des aboiements. De nombreuses études du Docteur Jekill ont démontré que le hurlement engendrait dans une très large majorité, un blocage à la résistance et une obligation de faire. Il alla même jusqu’à affirmer, qu’un stressé qu’il nomma Adolph pour l’anecdote, fin observateur de ses congénères, s’en était rendu compte. Celui-ci, agacé par la crainte paralysante de ses semblables et assoiffé de pouvoir, prit le parti (pas encore national socialiste) d’user de ses hurlements pour contraindre les autres à faire ce qu’il voulait, à savoir maitriser le temps. Conscient qu’il ne pourrait jamais y arriver seul, il s’entoura de quelques hystériques pour qui le hurlement était naturel. Les stressés n’avaient plus qu’à bien se tenir.
Pendant des siècles le hurlement à fait des merveilles et continue encore de nos jours, à être employé fréquemment.
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Devant tant de facilité à faire obéir les autres, les stresseurs commençaient à s’ennuyer. Un mauvais jour, l’un d’entre eux qui s’appelait Max, décida de tenter une nouvelle expérience. Il paria avec ses compagnons qu’il arriverait à faire peur aux autres, mais en souriant. Tous les autres se mirent à hurler. Restant calme et souriant, il leurs demanda de le suivre pour leur en faire la démonstration. Tous allèrent dans une pièce vitrée à l’exception de Max, qui se plaça dans un autre bureau, où tout le monde pouvait le voir, mais pas l’entendre. Une fois installé, il fit monter un stressé. Celui-ci arriva comme d’habitude tétanisé. Alors que Max parlait en souriant, le stressé se détendit et se mit presqu’à sourire. Les autres stresseurs se gaussaient. « Il est fou ce Max » disaient-ils. Mais au bout de quelques minutes, alors que Max souriait tout le temps, le visage du stressé redevint blême et son corps se recroquevilla. Max le salua avec courtoisie et le stressé quitta la salle dans le même état, sinon pire qu’à son arrivée. Le groupe se dit qu’il avait eu de la chance, qu’il avait mis au point son numéro avec le stressé. Mais Max recommença plusieurs fois, jusqu’à ce que tous les stressés soit passés. Et à chaque fois cela marchait. Lorsqu’il sortit rejoindre ses partenaires, ceux-ci se jetèrent sur lui pour lui demander comment il avait fait. « La menace, Messieurs, rien que la menace, mais avec le sourire ». Max la menace était né. A ce jour son proverbe est gravé sur tous les bureaux des stresseurs : « Pourquoi hurler quand pour obtenir le même résultat on peut sourire».
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Certains de ces gentlemen stresseurs mirent au point la carte humiliation qu’allaient également utiliser les accros du hurlement. Elle n’avait d’autre but que de voir jusqu’où on pouvait abaisser quelqu’un. Elle connut son heure de gloire, mais n’est plus aujourd’hui utilisée que par une minorité majoritaire. Il faut tout de même reconnaitre à cette carte des vertus, puisqu’elle a été à l’origine de la création des deux dernières cartes
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La carte chance a été créée à contre cœur par les stresseurs. Devant un taux d’absenteisme en pleine explosion principalement du à la carte humiliation, les stresseurs ne trouvèrent pas d’autres solutions. Pour pallier aux multiples absences à répétition des stressés, deux solutions s’offraient à eux. Soit faire leur travail à leur place, soit les maintenir en état de continuer à travailler. La première solution fut vite abandonnée par crainte de voir les stresseurs stresser à cause de la surcharge de travail que cela leur occasionnerait. La deuxième, retenue à l’unanimité, fut mise en place rapidement et le taux d’absentéisme se stabilisa. Malheureusement la carte chance avait un coût au niveau des mutuelles bien trop important pour l’entreprise qui ne tolérait plus de supporter. C’est de cet argument qu’est née la carte « Joker ».
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Nina nous ayant parfaitement expliqué les origines du STRESS, Khô Lôm Bô lui posa une dernière question.
« La carte joker est-elle destinée à se développer ?
— C’est un excellente question Monsieur Khô Lôm Bô » lui répondit-elle.
Nina nous dit alors, que la carte joker n’avait que peu d’impact économique sur l’entreprise. En revanche l’image qu’elle donnait pouvait lui nuire. Face à cette nuisance, elle nous expliqua que les bureaux d’études de PENAULT travaillaient actuellement sur des formations permettant de mieux gérer le STRESS des stressés.
« Et pour les strésseurs ? », demanda mon fidèle lieutenant.
— Vous me décevez Monsieur Khô Lôm Bô. Avez-vous déjà oublié que seuls la pluie et le beau temps sont à l’origine du STRESS? ».
Bien joué pensais-je.
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L’après midi Nina nous emmena voir les esquimaux dont nous avait parlé Latrouille. Les esquimaux ont créé un laboratoire unique au monde, l’INPEP : Institut Nationale Pour l’Efficacité Permanente. Comme les usines PENAULT, ils travaillent à l’élaboration d’un jeu de sociétés : le TRAC. Pour cela ils se sont inspirés des artistes et des sportifs.
Le TRAC est un jeu qui contient 4 cartes : une carte objectifs, une carte temps, une carte moyens et une carte TRAC. Le but du jeu est d’une facilité déconcertante. Il suffit d’atteindre l’objectif dans un temps fixé avec les moyens mis à sa disposition. Une fois le temps imparti écoulé, le traqueur prend la carte TRAC et présente ses résultats. Les cartes « objectif », « temps » et « moyens » sont méticuleusement choisies par le responsable du traqueur qu’il a sélectionné. Pour les créateurs du TRAC ces règles sont essentielles. Les cartes et les traqueurs doivent impérativement être compatibles. Une fois les cartes reçues, le traqueur les découvre et se met au travail. Il ne bronche pas, ne râle pas, ne pose aucune question. Il sait que l’objectif est difficile à atteindre, mais clair, que le temps est court, mais réalisable, que les moyens sont légers mais suffisants. Enfin il sait que s’il a été sélectionné, c’est pour ses compétences et sa capacité à s’adapter à toutes les situations. Les créateurs ont apporté un soin tout particulier au contenu des cartes afin qu’elles soient crédibles et réalisables. Malgré cela le TRAC demande un travail énorme de réflexion et d’intelligence. Il faut solliciter ses petites cellules grises en permanence, utiliser la totalité des moyens techniques et humains mis à sa disposition, parfaitement gérer son temps avec interdiction formelle d’en faire plus qu’autorisé. Le traqueur y consacre toute son énergie. Une fois l’objectif atteint dans le temps imparti, il prend la carte TRAC et vient présenter ses résultats. Comme tout a été fait pour que l’objectif soit atteint, il n’y a que des gagnants.
C’est l’envie de bien faire, d’aller au bout de soi, d’honorer la confiance de l’autre, le respect et l’humilité qui ont donné son nom au TRAC. Mais il y a une obligation au TRAC, c’est que tout le monde joue le jeu.
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Chôkh ô B.N au Chôkh ô Lath, était un véritable Kôhn glacée (une légende en langage esquimau). C’est lui qui dirigeait l’INPEP qu’avait créé son grand père Chôkh ô Pôps bien des années plus tôt. Lorsque je lui demandais s’il avait vendu beaucoup de TRAC, il me répondit aucun. Comme à son habitude Khô Lôm Bô posa une dernière question.
« Comment expliquez-vous ça Monsieur Chôkh ô B.N ?
— Le TRAC fait peur, car le Pouvoir n’est pas au centre des préoccupations des traqueurs. Seule l’atteinte de l’objectif importe » répondit-il.
Remerciant Nina et Chôkh ô B.N pour toutes les informations qu’ils nous avaient donné, nous repartîmes chez nous. Le lendemain J’écrivais mon papier en reprenant tout ce que j’avais appris sur les jeux de société et le concluais par une petite devinette : quelle est la différence entre le STRESS ET L E TRAC :
Celui qui crée le stress cherche à faire mal, celui qui a le trac cherche à bien faire
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