Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 16:44

LE SILENCE ENDORT

 (8’40’’)

 

Je l’ai souvent constaté lorsque je faisais des propositions à mes équipes : elles étaient tout le temps d’accord avec moi. Cela avait le don de me mettre de bonne humeur, ce qui de par ma position était assez rare. De plus cela renforçait ce que je pensais déjà depuis bien longtemps de moi : dans l’entreprise, j’étais l’un des rares – si ce n’est le seul – à détenir le pouvoir de l’intelligence. J’étais tellement bon et tellement fort que je faisais systématiquement l’unanimité auprès des miens.

Personne n’avait rien à y redire. Bien entendu, et c’est ce qui me rassurait, cela n’avait rien à voir avec mon statut de chef. Mes propositions étaient si brillantent qu’elles en devenaient incontestables et (surtout) incontestées. D’ailleurs, comment aurait-il pu en être autrement ?

 

Lorsque je faisais une proposition, c’était d’abord parce que l’entreprise, par l’intermédiaire de son chef suprême, avait su créer un problème (souvent grave) à résoudre : perte de chiffres d’affaire, conflit entre le personnel et les syndicats, débrayage, risque de délocalisation, etc. Plus grave encore était le départ de notre cher et tendre PDG. Ce n’était pas tant qu’il ait créé une faillite, ou qu’il s’en soit mis plein les poches qui suscitait autant de tensions, mais plutôt le fait que le conseil d’administration lui offre, en guise de remerciement, un dernier saut en parachute doré du haut de son building afin de lui éviter d’affronter en face les centaines de salariés mécontents.

En tout état de cause, la mission que j’acceptais (même si je n’avais pas le choix) consistait à trouver, là, ici et maintenant, tout de suite, le plus rapidement sans possibilité de ne pas être rapide, une solution impossible à un problème que ceux-là mêmes qui l’avait créé ne pouvaient résoudre. Je tiens d’ailleurs à remercier les grands chefs de la confiance qu’ils nous accordent lorsqu’ils qui créent des problèmes qu’ils ne savent pas résoudre.

Contrairement à Jim Phelbes, l’homme aux cheveux blancs de la célèbre série « mission impossible », je ne m’entourais pas de collaborateurs. Cela n’avait rien à voir avec ma calvitie naissante due à mes nombreux grattages de têtes réflexionnaires, mais j’ai toujours préféré travaillé seul, arguant que j’étais entouré d’une bande d’incapables qui se moquait éperdument de l’entreprise et qui n’était absolument pas motivée. Je n’y pouvais rien, moi, si l’entreprise regorgeait d’ « incapables », comme disait les grands chefs. Le fait de travailler seul signifiait également que la confidentialité confidentielle confidentiellement demandée à tout le monde était au moins respectée, puisque tout le monde savait que le problème connu de tous était confidentiel et que personne d’autre ne devait être au courant de ce problème confidentiel.

 

Dès qu’une mission m’était confiée, je la prenais à bras le corps et m’attelais à la tâche. Je la retournais dans tous Mes sens, réfléchissais à toutes Mes conséquences et en prenais tous Mes tenants et tous Mes aboutissants. Et enfin après plusieurs secondes d’intenses réflexions pendant ma digestion, j’en arrivais à Ma seule et unique idée. Cela tombait bien, car j’ai toujours entendu dire que la première idée était la meilleure. Pourquoi irais-je alors solliciter inutilement mes petites cellules grises tant convoitées pour en chercher une seconde ? C’est ce que j’appelle la rentabilité cervale (rappelant au passage pour ceux qui ont des difficultés en français que l’on dit un cerval pour des personnes, qui, comme moi n’en ont qu’un, et des cerveaux pour les personnes qui ont les 3). En tout cas, c’était mon idée à moi, ma solution miracle, celle que tout le monde attendait, celle que tout le monde espérait.

Lorsque j’annonçais ma grande décision à mes équipes, leurs réactions étaient unanimes. Elles s’exprimaient principalement par une approbation silencieuse du regard de mon auditoire, soit sur leurs chaussures, soit sur le plafond. Les deux plus fameux proverbes du management, « qui ne dit mot consent » et « le silence est d’or » (surtout si tu veux garder ton job) étaient atteints. Ceux qui regardaient le plafond devaient remercier le seigneur d’avoir devant eux le Sauveur. Ceux qui regardaient leur chaussures étaient dépités de voir autant de talent face à eux et se demandaient si un jour ils pourraient atteindre ce niveau.

 J’étais en quelque sorte le Saddam Hussein de mon service comme le disaient affectueusement mes collaborateurs. Celui qui pense d’abord au bien des autres et à sa mission, celui qui fait l’unanimité silencieuse dès qu’il parle et dès qu’il propose. Et tout cela, sans jamais imposer quoi que ce soit à qui que ce soit. Tout en douceur, tout en finesse, tout en subtilité, tout en apparence et surtout tout en proverbes à la con.

Malgré cela, et bien que mes idées fussent toujours acceptées unanimement, j’ai toujours eu du mal à comprendre leur lente mise en place, voir leur sabotage.

En revanche, ce que je comprenais parfaitement, c’était mon attitude face à mon responsable quand il m’imposait une de ses brillantes idées à lui.

D’abord, je ne l’appréciais pas. C’était forcément un incompétent qui ne devait sa réussite et son poste qu’à sa fourberie, qu’à son coté lèche-bottes et mielleux vis-à-vis de sa hiérarchie. Ensuite le poste qu’il occupait aurait dû me revenir de droit, compte tenu de mes qualités d’écoute du silence, de ma créativité et de cette faculté à fédérer autour de moi. Enfin, toutes ses idées étaient nulles puisqu’elles n’émanaient pas de moi.

 Mon refus d’appliquer ses idées était clair. Il était basé sur la franchise et le courage, et se traduisait de la façon suivante. Lorsqu’il nous réunissait, les petits autres chefs et moi pour nous imposer sa dernière trouvaille, il avait lui aussi, droit à l’unanimité silencieuse. Mais pas la même que la mienne. La sienne ressemblait plus à une minute de silence. La fameuse minute de silence qui rend hommage à une personne décédée où chacun regarde, soit ses chaussures, soit le plafond et où la plupart des personnes présentes s’emmerdent. Cette minute de silence consacrait son idée, qui avant même d’avoir vécu était déjà morte. Mais alors qu’il aurait dû être triste à l’idée que celle-ci soit déjà morte, il nous souriait et nous remerciait. Qu’avait-il donc dans sa petite tête pour ne pas comprendre notre désintérêt et notre désapprobation ? Qu’avait-il donc dans sa petite tête pour ne pas comprendre que notre présence était forcée ? Cette minute de silence, signe fort de notre franchise et de notre courage ne lui suffisait-il pas ? Comment pouvait-il apprécier d’une manière aussi positive notre funeste minute de silence ?

En tout cas cela confirmait tout le mal que je pensais de lui. Nous n’avions pas la même définition des fameux proverbes managériaux ni la même définition de l’écoute silencieuse. Il lui fallait payer et subir les conséquences de son arrogance. Nous appliquerions ses décisions, certes, mais avec une lenteur extrême, voir en les sabotant. Comme ça, peut-être comprendrait-il !

Mais plus nous sabotions, plus il arrivait avec de nouvelles idées. Non plus pour régler le problème de départ (qui n’en n’était pas vraiment un et qui tout au plus était bénin), mais pour régler tous les sabotages (qui eux s’amoncelaient et devenaient de plus en plus graves) dont nous étions les auteurs

C’en était trop. Devant tant d’obstination, je profitais d’une réunion avec les autres petits chefs, pour lui faire part d’une de mes lumineuses idées (en fait la seule selon ma célèbre théorie de la première idée). Mon pouvoir d’intelligence m’avait permis de voir que l’ensemble de mes petits camarades de classe n’en pouvait plus et que notre fameuse minute de silence n’avait eu aucun impact. Je sentais chez eux du dépit, de la désinvolture, du laxisme, de la démotivation, du désintérêt, du renoncement, etc. Je levais donc la main et prenais la parole au nom de tous mes petits camarades, qui je le précise ne me l’avait pas demandé, ni même recommandé d’ailleurs. Une fois terminé, je me rassis. J’avais conquis mon auditoire. Cette unanimité silencieuse que j’avais avec mon équipe, je l’avais également avec mes collègues. Moi aussi je pouvais sourire et remercier. Leurs regards sur leurs chaussures et/ou au plafond ne trompaient pas. Une fois encore, j’avais atteint le nirvana des 2 proverbes. Pas un seul n’avait quelque chose à redire, pas un seul ne me regardait droit dans les yeux. Ou plutôt si. Il y en avait un, mon chef.

Une fois viré (là encore je suivais la même voie que Saddam, mais avec un peu plus de chance au final) et après blettes réflexions, j’en arrivai au triste constat que ma hiérarchie ne m’avait pas compris, et ce malgré le soutien sans faille de mes petits camarades.

Affalé dans mon canapé et absorbé par mon feuilleton préféré (Derrick), je m’assoupissais naturellement (comme à chaque fois) quand je me mis à entendre une voix.

  Peux-tu me rappeler les 2 fameux proverbes du management ?, me demanda-t-elle.

Je les lui récitai fièrement : 

— « Le silence est d’or. » et « Qui ne dit mot consent. »

— Eh oui, et c’est bien là qu’est le problème petit scarabée.

« Petit scarabée ??? » Mais pourquoi m’appelait-il petit scarabée ? Je n’étais ni Chinois, ni expert en Kung-fu, ne portais pas de robe orange, ne marchais pas pieds nus et n’avais pas le crâne rasé. Bien qu’il fût vrai qu’à l’âge de 25 ans, je pris une casserole bouillante entre mes 2 bras. Cet exploit que je n’avais jamais essayé de battre, me valut une paire de baffes de la part de ma mère car j’avais fait tomber l’eau bouillante sur son teckel à poils longs qui en l’espace d’une seconde s’était transformé en teckel à poils ras, et 15 jours d’hospitalisation avec deux greffes de peaux sur les avant-bras. Bref, alors que je somnolais toujours, la voix revint.

— Sais-tu comment se traduit ton proverbe « Le silence est d’or. » en mέnagement ?

— Non, répondis-je, inquiet.

— Le silence endort, me dit-elle.

— Le silence endort !!! Le silence endort ??? Mais pourquoi le silence endormirait-il ? Et qui endort-il ?

C’est alors que la voix me dévoila la source de ce proverbe de mέnagement . Elle me disait que le silence endormait celui qui le provoquait mais aussi celui qui le subissait. Celui qui le provoque s’endort dans les certitudes de son aura, de ses talents, de ses pouvoirs et de ses compétences. Il ne se remet jamais en question puisque personne ne lui dit rien. Ce qui ne l’empêche pas, lui, de remettre en question ses collaborateurs. Il ne peut pas non plus être la cause d’un échec. Part conséquent si ce n’est lui, c’en est donc un autre. Il ne s’aperçoit pas non plus qu’il provoque plus de crainte, d’indifférence et d’inhibition que d’envie. Or l’envie est le socle, la première pierre, la première marche qui mène au mέnagement.

— Et ceux qui le subissent ?, demandai-je.

Ceux qui le subissent s’endorment dans leurs certitudes qu’ils ne peuvent rien dire, rien faire. Qu’il ne sert à rien de se battre et de défendre son point de vue. Ils s’affaiblissent et se rapetissent aux yeux de celui qui provoque le silence. Cette image de soumission et de lâcheté crée une frustration qu’il faudra faire payer à quelqu’un. Et ce quelqu’un c’est souvent un subalterne. Subalterne que nous sommes tous à un moment donné, à l’égard de quelqu’un.

— Et comment traduit-on « Qui ne dit mot consent. » en mέnagement ? »

— Qui ne dit mot dépend, rétorqua-t-elle.

— Dépend de qui ? De l’autre ?

— Exactement. Ne rien dire c’est dépendre de l’autre et lui confirmer l’emprise et le pouvoir qu’il a sur nous »

— C’est n’importe quoi. Je n’ai jamais dépendu de qui que ce soit.

— Alors pourquoi ne disais-tu rien en réunion? Pourquoi tes collègues et tes équipes se taisaient quand tu imposais une de tes merveilleuses idées ? Tu sais, petit scarabée (il recommençait à m’appeler petit scarabée), la plupart des managers que j’ai rencontrés m’ont souvent dit la même chose que toi. Ils avaient également le même comportement silencieux en réunion et était convaincu de leur unanimité vis-à-vis de leurs équipes lorsqu’ils parlaient. Evidemment la majorité d’entre eux n’a jamais accepté d’être vus de la sorte. Et pourtant. 

Je me réveillais alors en sursaut et tout en sueur. J’étais en plein cauchemar. Je m’aperçus que j’étais à la fois comme mes chefs et comme mes subordonnés. Comme mes chefs parce que j’imposais au lieu de proposer et d’échanger pour une compréhension mutuelle, et comme mes subordonnés parce que je subissais au lieu de proposer et d’échanger pour une compréhension mutuelle aussi.

La voix revint :

Sais-tu, petit scarabée (il m’énerve…), que ton

responsable est comme toi avec le sien, et que son responsable l’est également avec le sien et ainsi de suite jusqu’en haut de la pyramide. Haut de la pyramide qui aussi courageusement que toi subit les caprices de ses actionnaires et qui les impose dans un silence de plomb à ses salariés ?

— Mais si nous sommes tous pareils, pourquoi n’échangeons-nous pas ?

— A cause de l’écoute active prêchée par les écoutologues (spécialistes de l’écoute clinique)

         — Qu’est-ce que l’écoute active ?

— Dans l’entreprise c’est encore un mystère. Ces deux termes me sont toujours apparus antagoniques dans le milieu professionnel. En revanche pour les écoutologues, elle semble indispensable au développement personnel du salarié. Contrairement à l’écoute silencieuse, l’écoute active est comme son nom l’indique active. Son action se caractérise  par de nombreux gestes de la tête, des bouts de phrase que l’on commence et que l’on ne finit pas et des onomatopées. Ces signes forts de l’écoute active incitent le salarié à en dire toujours un peu plus. Elle sert à ce que l’autre se trouve et se comprenne par lui-même. Face à son problème il se doit de le résoudre seul. L’écouteur, par son écoute active va donc l’amener progressivement à prendre conscience qu’il est capable d’en trouver la solution. Tout ça peut paraitre merveilleux et l’est surement pour les malades, mais y a-t-il tant de malades dans l’entreprise ? Car la première particularité de l’’écouteur actif, c’est d’abord qu’il ne s’intéresse ni à l’autre, ni à son problème. Quelque soit le salarié et quelque soit le problème de celui-ci, la seule chose qui le motive, c’est d’appliquer à la lettre sa méthode : geste-bouts de phrases-onomatopées. Certains sont tellement bons qu’ils peuvent même écouter les salariés les yeux bandés. La deuxième particularité, c’est qu’il n’a ni le droit d’interpréter, d’évaluer, de conseiller, ni de questionner. Tout manquement à ses devoirs peut d’ailleurs le conduire devant le conseil de l’Ordre des Ecoutologues qui peut le répudier. Il ne faut pas oublier que les écoutologues ont prêtés serment devant Hypocrite. La dernière particularité c’est que l’écoute active ne peut se pratiquer que lorsqu’on n’est pas concerné par le problème de l’autre et qu’on est payé –souvent très cher- pour le faire. Dans l’entreprise, il n’y a que les LSD (voir page…) qui soient des adeptes de l’écoute active. Malheureusement ils sont aussi nombreux que les adeptes de l’écoute silencieuse.

         — Que reste-il alors?

         — As-tu déjà entendu parler de l’écoute attentive ?

         — Non

         — Ca ne m’étonne pas? L’écoute attentive s’appuie sur l’échange. Il n’y a pas un parleur unique et un écouteur unique. Les deux parlent et écoutent chacun leur tour et pas tous ensemble. Ces échanges quand ils sont bien menés se transforment en « buffet d’idées gratuites ». Mais pour que ce buffet existe, il y a une seule et unique condition : avoir un objectif commun. Sans objectif commun, on retombe soit dans l’écoute silencieuse, soit dans l’écoute active. L’écoute attentive requiert aussi une parole active. Cette parole active contribue à amener des idées UNIQUEMENT centrées sur l’atteinte de l’objectif. Elle engendre d’autres paroles actives qu’on appelle des réactions. Elles sont nécessaires et indispensables à l’élaboration de la meilleure action  possible à mener pour réussir l’objectif. L’écoute attentive et  la parole active sont les deux autres marches qui mènent au mὲnagement. Te rappelles-tu de la première ?

         — L’envie

Par Bruno
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 16:43

DEFORMATION CONTINUE

(8’40’’)

 

 

Durant mes 20 années passées à être un petit chef, j’ai suivi bon nombre de formations ponctuelles en management. De la gestion du temps à la gestion du stress en passant par l’animation d’une équipe ou la conduite d’entretien, je me rappelle avoir été fasciné par le discours et par les formateurs. Etaient-ce les banalités tellement vraies qu’ils énonçaient ou bien le décalage entre leur contenu  théorique et la réalité du terrain? Je n’en sais rien, mais cela me plaisait. A tel point que j’en devenais un moi-même (en tout cas sur le papier).

 

 

Les formateurs ont cette faculté d’être perçus comme des gens sympathiques, souriant, à l’écoute et qui détiennent toutes les solutions à tous nos problèmes. Heureusement qu’ils sont là pour nous apprendre enfin, à être de bons manager. Et  bien que la plupart d’entre eux n’aient jamais eu à manager des Hommes de terrain, leurs diplômes en psychologie, en sociologie ou leur parcours de comédien, suffisent à diffuser ce savoir. En principe ce rôle incombe à chaque responsable d’équipe dans l’entreprise. Mais, pour des raisons diverses et variées (réunions quotidiennes sans grand intérêt, repas à rallonge sans grand intérêt non plus, et/ou incompétence), ceux-ci ne trouvent pas le temps nécessaire à la formation de leurs collaborateurs, bien que cela figure dans leur définition de fonction. N’ayant pas le temps de gérer leur temps pour gérer celui des  autres, il faut donc apprendre à ces derniers, à gérer le leur et ce grâce à l’intervention de spécialistes grassement payés, qui eux, prennent beaucoup de temps à vous expliquer comment ne pas en perdre.

 

 

Lorsque j’effectuais mon stage de formateur, j’étais surpris de constater que la formation « gestion du temps » durait 3 jours. Je demandais à ma responsable si cela ne lui paraissait pas trop long, mais elle   me répondit au contraire que cela ne suffisait pas. Ayant moi-même assisté à cette formation quand j’étais jeune manager, je m’en remémorais les faits. Pour étudier le temps que nous passions à faire tout ce que nous avions à faire, il nous fallait passer une bonne partie de notre temps à remplir des tableaux. Ce temps consacré au remplissage de ces tableaux réduisait encore plus le temps que nous devions consacrer à nos équipes,  à nos clients et à notre travail. A l’issue de deux semaines de remplissage intensif, nos chefs  s’apercevaient que nous consacrions beaucoup trop de temps à faire des choses sans intérêt et pas assez à celles qui en avaient. En fait, en bons petits soldats que nous étions, nous ne faisions que faire ce qu’ils nous demandaient au quotidien. Se posait alors LA question, THE question : pourquoi ne s’en étaient-ils pas aperçus avant ? Certainement parce qu’ils n’en avaient pas eu le temps. Je comprends qu’un chef n’ait pas le temps de voir ce qui se passe réellement sur le terrain,  je comprends également qu’il n’ait que très peu de temps à consacrer de ses collaborateurs et je comprends enfin qu’il n’ait pas de temps d’assister à ce type de formation. En revanche, je ne comprends pas comment il trouve le temps de passer autant de temps en réunion et à table.

La gestion des priorités était évidemment abordée lors de la formation gestion du temps. On y apprenait à faire la différence entre l’urgence et la priorité, à déléguer, à faire confiance tout en contrôlant, etc. Bref, à être mieux organisé. Malheureusement cette formation ne concernait pas  nos chefs. Pour eux, elle n’était ni urgente, ni prioritaire. D’ailleurs,  comment pouvait-il en être autrement puisqu’ils  n’en avaient pas le temps. Car entre les réunions et les repas, il y avait bien mieux à faire, comme trouver le temps nécessaire pour traiter les sujets prioritaires et/ou urgents de la prochaine réunion qu’ils n’avaient pas eu le temps d’étudier du fait du temps passé en réunion et à table.

 

 

Le lendemain de la formation, nous étions d’attaque et prêts à mettre en application tout ce qui nous avait été dit. Nous classions en priorité nos urgences. Puis nos priorités devenaient des urgences que nous traitions en priorité…ou en urgence selon le cas. Nous déléguions à n’importe qui, faisions confiance à tout le monde, contrôlions tout ce qui se passait.  Au bout d’une semaine, nous frôlâmes le drame. Tous les délégués du personnel débarquèrent dans nos bureaux  pour nos dire que ça n’était pas aux salariés de faire notre travail et que ces contrôles permanents et systématiques créaient énormément de tension au sein des équipes. Les grands chefs ayant eu vent de ce débarquement, prirent le taureau par les cornes. Comme le temps que nous avions passé sur la formation « gestion du temps » n’avait servi à rien et qui plus est  avait été un échec, il fallait, sans perdre de temps, en faire une autre, mais qui cette fois serait axée sur le management.

 

 

Lorsque la bise fut venue, la direction des ressources humaines se trouva fort dépourvue. Pour elle, le management était simple. Il suffisait de s’inspirer de ses méthodes à elle, pour savoir ce qu’il fallait faire. Mais comme elle n’avait pas le temps de l’expliquer, elle fit amende honorable et  lança son appel d’offre. Quelle ne fut pas sa stupéfaction quand les premières réponses arrivèrent. Elle fût sidérée de voir que les plus grands organismes de formation pouvaient proposer jusqu’à plus de cinquante formations en management. Et tout ça pour la modique somme de 990 euros par jour, par personne et par formation. « C’est donc aussi compliqué que cela le management ? » se demanda-t-elle. « Oh que oui mon brave Monsieur » répondirent en chœur tous les organismes. « Et il en faudrait tellement plus, vous savez » renchérirent-ils tous en chœur à nouveau. Devant tant de chemin à parcourir pour avoir de bons managers, la DRH ne lésina pas. Tous, à l’exception de la DRH et de la direction générale, y passeraient.

 

 

La direction des ressources humaines commença par payer  des formateurs, lecteurs de livres de management qui n’en avaient jamais écrit,  pour que ceux-ci  nous récitent ce qu’ils avaient lu. Puis ce fut au tour des gourous spécialisés dans la manipulation mentale qui intervinrent pour prêcher la bonne parole de notre bonne direction générale. Enfin, nous eûmes droit aux magiciens, aux merlins l’enchanteur, aux harry poter du management, qui d’un coup de baguette magique faisaient disparaitre le mauvais management que nous appliquions, pour faire apparaitre le bon que nous devions mettre en place. Nous eûmes droit également à des formations sur la conduite de réunion, la conduite d’entretien, la conduite accompagnée, la gestion des conflits, la gestion du stress, la gestion du temps qui passe, et tellement d’autres encore. Nous y apprenions les 5 méthodes de.., les 4 styles pour…, les 7 merveilles du…, les 8 k qui…,  les 3 z qui veulent dire zéro, etc. Et puis vinrent sur le marché, de nouvelles formations anglo-saxonnes qui allaient tout révolutionner : the 5 methods of…, the 4 styles for…, the 7 marvellous (de marvin hagler) of…, the 8 k which…, the 3 z which mean zero. Renversant, bouleversifiant, étonnement étonnant. Il faut dire que  notre direction générale nous avait prévenue : « vous verrez, ces formations venues d’outre atlantique n’ont rien de comparables avec celles  que vous avez déjà eues ». Ca, pour ne rien avoir de comparables, elles n’avaient rien de comparables. Les premières étaient en français, les deuxièmes en anglais. Et vu notre niveau d’anglais, je ne vous dis pas.

 

 

Toutes ces formations ponctuelles que nous avons reçues (en moyenne 2 jours par mois) s’appellent  en réalité des formations continues. Et oui. Comme l’entreprise recrute de mauvais managers, il lui faut continuellement continuer à former les non-formés (ou prématurés), les déformés et  les réformés, en clair les cadres. Les 40 entreprises du CAC 0 (Chiffre d’Affaire Croissance 0 pour les salariés) communément appelées « Les cavernes d’Ali Baba » par les grands patrons des organismes de formation,  sont les plus gros producteurs de non formés, de déformés et de réformés, dont les gisements contrairement au pétrole, paraissent éternels. Pour que les entreprises du CAC 0 deviennent des entreprises du CAC 40 (Chiffre d’Affaire Croissance 40 pour les actionnaires), il faut raffiner toute la production de cadre. Ce raffinement est donc confié aux organismes de formation. 

 

 

Le raffinement des cadres est une opération complexe qui nécessite plusieurs étapes. D’abord il faut trouver le meilleur organisme de formation. Et à quoi reconnait-on les compétences  de cet organisme? A ses prix ! Comme dans un grand restaurant, un grand chef d’organisme de formation et un grand chef en cuisine vous font fait payer leur carte. Et très chère en plus, car selon eux, ce sont les prix qui font la qualité et non l’inverse.

Pour le chef cuisinier, le prix qu’il demande est justifié par la qualité des produits qu’il a trouvé exactement au même endroit et au même prix que n’importe quel consommateur : au marché, à la ferme ou même dans la nature. Pour le chef d’organisme de formation, le prix qu’il demande est justifié par les grands  de livres de management qu’il à trouvé exactement au même endroit et au même prix que n’importe quel lecteur : à la FNAC, chez Virgin ou même à la bibliothèque municipale. 

Une fois leur marché effectué, tout le travail des deux chefs va consister à mettre en valeur leurs achats. Pour cela ils se posent une question essentielle : comment faire payer très cher ce qui ne m’a  pratiquement rien couté ? La réponse est simple : en donnant envie.

Ils se mettent donc à faire des compositions variées et diverses en mariant tout et n’importe quoi, en utilisant le même produit pour plusieurs recettes pour le chef cuisinier et le même livre pour plusieurs formations pour le chef d’organisme de formation, mais en s’assurant du principal : que la carte proposée soit alléchante. Qu’elle soit belle à l’œil et qu’elle fasse saliver. En faisant en sorte que le client du restaurant voit dans la carte qui lui est proposée, tous les mélanges et tous les mariages de couleurs dans son assiette, et que le producteur de cadre voit dans la sienne, des progressions de chiffre d’affaire à deux chiffres.

Une fois que l’œil, l’un des cinq mauvais sens de l’Homme qui voit parfois d’un mauvais œil ce qu’on lui propose, a été séduit, il faut flatter un autre des cinq mauvais sens de l’Homme qui ne sent pas toujours bien les choses, l’odorat. Le client du restaurant, à la lecture de la carte, doit sentir les odeurs d’un potager, d’une boucherie, d’une poissonnerie, d’une fromagerie, d’une pâtisserie. Les producteurs de cadres, eux, doivent sentir dans la carte de l’organisme de formation l’odeur des billets verts qui vont venir remplir leurs poches.

Enfin, il faut que les menus des deux grands chefs soient légers, voire très légers, pour être les plus digestes possibles. Pour cela ils mettent beaucoup d’un tout petit peu de tout, ce qui donne l’impression d’en avoir beaucoup pour pas grand-chose.

Une fois leurs compositions et cartes réalisées, il leur faut les vendre à un maximum de clients .Et plus il y a de clients, plus les chefs vont devoir s’entourer soit  des cuisiniers les plus pointilleux soit des consultants les plus tchatcheurs pour une exécution parfaite de leurs compositions.

Enfin, après avoir servi leurs repas ou leurs formations, les chefs font le tour de leurs clients et leurs demandent si tout s’est bien passé. « Excellent » disent-ils tous ensemble d’une seule et une même voix. « Oubliez tout ça » leur répondent-il alors, « la prochaine fois nous vous en proposerons une autre dont vous me direz des nouvelles ».  Pui ils repartent avec la satisfaction du devoir accompli.

Et oui, il fallait oublier, tout oublier. Et au plus vite encore. Il ne servait à rien de ressasser ces fameux repas ou ces fameuses formations. La réalité quotidienne était bien différente. Il ne fallait pas se laisser emporter par ce qui avait été vu où dégusté. Et surtout il ne fallait pas que les clients essaient de faire ce qui avait été mangé ou appris. Cela aurait été une catastrophe pour les grands chefs. Et pour éviter ce type de désagrément, les chefs repartaient aussitôt à la recherche de nouvelles recettes, toujours avec les mêmes produits ou les mêmes  livres, afin que celles qu’ils avaient vendues auparavant deviennent obsolètes. A une nuance prête, ils les factureraient encore plus chères.

 

 

Le raffinement des cadres est donc une opération complexe puisqu’en résumé, elle consiste dans un premier temps à leurs faire comprendre qu’ils sont mauvais,  puis dans un deuxième temps à leur démontrer qu’il est facile d’être bons et enfin dans un troisième temps à leur expliquer que la formation qu’ils ont reçue ne peut s’appliquer aux réalités du terrain.

Face à tant d’incompréhension, je décidais moi aussi, comme les grands chefs des organismes de formation, de me rendre à la bibliothèque municipale de mon village pour y rechercher des livres sur la formation. Alors que je feuilletais des pavés indigestes sur les meilleures méthodes de management  pour former les cadres, je vis un vieil homme assis derrière un bureau qui devait être le bibliothécaire.  Je lui demandais s’il n’existait pas d’autres ouvrages sur la formation plus intéressants, plus motivants. Il me dit non, mais qu’en revanche, je trouverais peut-être mon bonheur en lisant « Ala Babi et les 40 voleurs du CAC 0 ».Ne voyant aucun rapport avec le sujet, il me dit de lui faire confiance. Ayant du temps à perdre contrairement aux cadres qui cherchent à en gagner à tout prix, je prenais le livre et m’asseyais à une table.

 

 

 

Ala Babi, petit frère d‘Ali Baba, d’Ili Bibi et d’Ala Baba, était un jeune formateur qui avait une autre idée des formations en management. Il était surpris de voir qu’il y en avait autant et surtout, surpris de voir qu’on ne se demandait jamais si elles  donnaient des résultats à moyen ou long terme. Il avait beaucoup travaillé sur le management et estimait qu’il était temps de passer au mὲnagement.

La légende raconte qu’Ala Babi  voulait rencontrer le Cheik de tous les cheiks du CAC 0 pour lui expliquer son projet. Un passant lui dit d’aller voir le Cheick en blanc qui se trouvait au bout de la rue. En effet il s’y trouvait. Il s’appelait Lawrence d’Arizona, mais préférait qu’on l’appelle Lawrence d’Arizo. Lawrence d’Arizo était le patron du METEK, un groupe spécialisé dans les chèques en bois capable de résister à toutes les intempéries, mais aussi le patron de tous les organismes de formation. A ses cotés se trouvaient le Cheik Vaquence, le Cheik Amploie, leCheik Servisse et le Cheik Rattle and roll.

-  Que veux-tu mon jeune ami ?  lui demanda le Cheik Lawrence d’Arizo. Ala Babi se mit alors à exprimer ses doutes quant à l’efficacité des formations en management du fait de leurs quantités importante et du manque de suivi de celles-ci. Puis il expliqua qu’il pouvait faire toutes ces formations en une. En effet pour lui le management était avant tout une question de comportement. Il fallait que l’ensemble des cadres soient avant tout centré sur les objectifs de leur entreprise avant d’être principalement centré sur leurs objectifs de réussite personnelle. Ensuite, ils se devaient d’être dans une observation et une écoute attentives afin de construire un échange basé sur l’action dans le but d’atteindre les objectifs plutôt que sur la réaction négative, prétexte à l’inaction. Enfin les cadres devaient s’engager à être responsables de leurs actes plutôt que de faire endosser à des tiers la responsabilité de leurs échecs. En plus, il prétendait qu’il pouvait réaliser ce type de formation en deux jours séparés d’au moins un mois, pour voir les premiers résultats et mettre en place les réajustements nécessaires. Enfin, il s’engageait à réunir une fois par an les patrons qui l’auraient sollicité, pour faire avec eux un bilan chiffré de ses formations.

 

 

A l’issue de son exposé tous les Cheiks se regardèrent.

Et tout d’un coup, sans qu’Ala Babi n’y comprenne rien, ils partirent tous dans un fou rire qu’ils ne pouvaient contenir. Le Cheik Rattle and roll se mit même à danser une danse endiablée venue d’ailleurs.

«  Vas mon ami, vas. Et pour t’aider je vais te donner la formule et  même appeler les 40 patrons du CAC 0 pour les prévenir de ton arrivée », dit le Cheik Lawrence d’Arizo.

Et tous se remirent à rire jusqu’à en pleurer. À l’exception du Cheik Rattle and roll qui s’était mis à chanter quelque chose que personne n’avait jamais entendu et qui disait « Go jo nigaud, nigaud ».

Arrivé devant les portes de l’une des 40 entreprises du CAC 0, Ala dit la fameuse formule : « Sésame ouvre-toi ». Mais elles ne s’ouvrirent jamais.

Par Bruno
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 16:39

LSD ou MST

(8’40’’)

 

 En anglais dealer signifie marchand, fournisseur. Leader signifie chef, guide, meneur. Ces deux personnages ont des points communs. Ils sont tous les deux vendeurs. Vendeurs de produits pour l’un, vendeur de rêves pour l’autre. Ils ont besoin d’une clientèle pour vendre leur produit ou leur rêve, sont attirés par l’argent et il leurs en faut toujours plus. Rien ni personne ne peut les arrêter. Ils ne sont au service que de leurs propres intérêts. Enfin, ils sont responsables d’un nombre incalculables de victimes : cérébrales pour l’un, sociales pour l’autre. Voilà pour leurs points communs.

Mais la liste continue pour le leader. Il est  personnel, ambitieux, intolérant et autoritaire, en recherche permanente de reconnaissance avec un besoin énorme de pouvoir. Il n’assume pas ses responsabilités, se place en victime, fait croire ce qu’il aux autres et répond de façon floue quand il s’agit de détailler ses stratégies. Enfin, mise sur l’ignorance des autres et fait croire en sa supériorité. Pour s’en convaincre il suffit de prendre la traduction en français et d’y rajouter un T pour découvrir la vraie personnalité du meneur : menteur. Tous ces critères sont également ceux du manipulateur, du simulateur (du see you later comme on dit en anglais). Tiens donc, comme c’est bizarre! « Vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre ». Mais est-ce vraiment si bizarre que cela ?

 

 

Certains managers sont souvent les trois à la fois : Leader-Simulateur-Dealer (LSD). Les grands chefs sont de gros consommateurs de LSD. Anciens LSD eux-mêmes, ils savent exactement ce qu’il faut faire et comment il faut le faire pour réussir.  Ils ont su gagner leur statut social, gravir les échelons pour atteindre la position qu’ils occupent aujourd’hui et s’enrichir  grâce au travail de leurs collaborateurs. Ils ont encensé leurs victoires (dues aux autres), réfuté leurs échecs (uniquement dus qu’à eux) fait ou écrasé eux-mêmes tous leurs concurrents directs par d’autres LSD.

Le pire dans tout ça, c’est qu’être un LSD ne demande aucun talent particulier. On ne nous l’apprend nulle part, ni à l’école, ni à l’université, ni dans l’entreprise. C’est inné. Personne ne nous l’enseigne non plus. Ni nos parents, ni nos amis, ni nos collègues, ni nos supérieurs ni qui que ce soit. C’est tellement ancré en nous, tellement naturel qu’on n’en parle pas… sauf quand il s’agit des autres.  « C’est pas moi, c’est lui m’sieur » est certainement la phrase phare (attention à bien séparé distinctement les 2 mots, « phrasphare » ne signifiant absolument rien)  la plus utilisée dés le plus jeune âge.

Pourtant le LSD se considère comme honnête, sincère et droit, au service des autres et d’un projet. Il est là pour répondre à une attente, un objectif. C’est l’atteinte de cet objectif lui donne tous les droits. C’est aussi pour cela qu’il ne supporte pas ces congénères, avec qui il affirme n’avoir aucun lien d’attitude. Il ne les supporte pas au point de les appeler les « cons ». Pour lui, tous ses frères de sang, tous ses petits camarades de promotions, tous ses compagnons d’armes, d’université, mais aussi et surtout tous ses collègues du même niveau que lui sont des « cons ». Ces « cons » génèrent, selon lui des dégénérés qui ne pensent qu’à eux au lieu de ne penser qu’à l’objectif. En fait le LSD est un con vaincu par ses convictions égoïstes, caractérisées par cette faculté qu’il a de ne pas se voir dans un miroir lorsqu’il s’y regarde, tel un vampire. Rien de surprenant à cela puisque le créateur des LSD, « Le Sanguinolent Dracula » (premier comte  de la grande lignée des LSD) s’écriait à chaque fois qu’il avait une nouvelle idée pour asseoir son pouvoir et  atteindre son objectif « Bon sang, mais c’est bien sur… ».

 

 

Mais alors, quelles sont les principales qualités du LSD ? La première est sa capacité à garder ses fesses sur la bonne chaise. S’assoir dans un fauteuil rembourré en cuir avec de gros accoudoirs et un très gros repose tête quand on est en face d’un subalterne, est un signe d’élégance. Mais il faut également savoir  rester, soit sur sa chaise en bois, soit debout, soit couché quand on est en face de son grand chef. Cela est considéré par le susdit grand chef comme un signe de déférence. Grand chef, qui une fois qu’il aura reçu son LSD dans son bureau et dans son fauteuil, ira voir le sien et restera soit la chaise en bois, soit debout, soit couché.

La deuxième qualité du LSD est sa capacité à mettre la bonne casquette en fonction des situations et des personnes qui se présentent à lui. Garder son chapeau de cow-boy, son fouet et son lasso quand il est face à un subalterne est considéré comme un signe d’affirmation et de virilité. Laisser tout cet attirail aux vestiaires, ôter son chapeau et baisser son pantalon comme un signe de savoir-vivre.

Toutes ces règles des bonnes manières managériales ont fait l’objet de nombreux livres qui vont de la Baronne de Rustine (déférence et révérence: un art divin) à Stéphane Berte(les Altesses Royales de l’Entreprise)

 

 

Mais derrière ces bonnes manières, se cache en fait un vrai bagarreur, un tueur à gages. Le LSD est prêt à tout pour prendre la place de son grand chef. Il  pense ainsi qu’il n’aura plus jamais à s’assoir sur la chaise en bois, ni à enlever son chapeau. Cette course effrénée pour obtenir le poste de son supérieur, fait que Le LSD est également considéré comme un petit spermatozoïde. A ce sujet LSD en anglais se traduit Little Small Dick (toute petite b…). Quand il s’agit de pénétrer dans le bureau ovule (l’ovale étant réservé aux amateurs de rugby et à  Monica quand Bill est là), une véritable guerre des LSD s’engage. Une guerre sans merci ni concession, cruelle et sanglante.  Et surtout pour les moins bien préparés. Car il s’agit bien là d’être encore plus LSD que d’habitude. Il faut se surpasser, se surentrainer, être sans pitié, n’avoir aucun orgueil et contrairement à Albert Spagiarri avoir comme slogan « armé, violent et haineux ». Et là pas de capote, c’est du live, du direct. C’est maintenant ou jamais.

 

 

 Cette guerre comme toutes les autres a son nom de code : La Motivation. Comme toutes les guerres, elle est déclenchée par le besoin d’étendre son territoire et d’accroitre son pouvoir. Comme toutes les guerres enfin, elle génère des conflits locaux qui touchent toutes les couches de la population de l’entreprise. En effet, l’entreprise regorge de services et donc d’autant de bureaux ovules à atteindre.

Ce sont les très grands chefs qui sont à l’initiative de cette guerre. La motivation doit leur permettre de faire une sélection naturelle sans qu’ils aient à y prendre part. Ils la déclenchent et observent les réactions et comportements de chaque LSD.

Mais la motivation a ceci de particulier. Elle est fratricide. Ce sont tous les LSD des différents services d’une même entreprise qui vont se la livrer entre eux. Car pour un poste à pourvoir, une promotion à obtenir ou pour une augmentation à aller chercher, en résumé par ambition personnelle, plusieurs LSD vont se trouver  ou  se mettre en concurrence. Cette concurrence féroce et acharnée les conduit la plupart du temps à adopter les moyens les plus détestables et à avoir les attitudes les plus viles pour leur propre réussite personnelle.

 

On sait depuis toujours, que les LSD n’ont jamais eu aucun sentiment pour leurs collaborateurs. On sait également qu’ils n’en ont jamais eu non plus pour leurs collègues. Mais ce que l’on ignore peut-être encore c’est qu’ils n’en ont pas non plus pour leurs supérieurs.

Les dernières victimes des LSD sont les grands chefs, eux-mêmes, grands consommateurs de LSD. En effet, et c’est une exception dans le monde moderne du travail, les plus grands consommateurs de LSD en sont aussi les plus gros producteurs. En tant qu’anciens vétérans LSD, ils peuvent démontrer à quel point cela a pu leur réussir et créer ainsi de véritables vocations. Mais la trop forte consommation de LSD les conduit souvent à en être dépendant et un jour à en payer le prix. C’est l’overdose de LSD qui les conduit à être déchus de leur fonction, celle-ci les ayant parfois conduits à prendre des décisions un peu trop fantasmagoriques et  farfelues.

Cette guerre de la motivation existe depuis la nuit des temps et parait éternelle. Elle a créée, crée et créera des dégâts considérables, puisque c’est la seule guerre au monde qui donne un gagnant pour plusieurs perdants.

 

Lors de ces farouches batailles qui opposent les LSD entre eux pour l’obtention de leur petit graal personnel, ce ne sont pas les médecins du travail les plus sollicités mais les proctologues. Pour certains battus, les dégâts sont considérables et les séquelles irréversibles. Soit ils ne s’en remettent pas, soit ils décident tout simplement de changer de bord. Il y a des blessures qui font mal, très mal à un homme.

C’est lors d’un pèlerinage à Montcuq, le Lourdes des LSD, que j’ai rencontré les éminents professeurs Adam et Geoffrey Montrou, de Bâle en Suisse. Spécialistes en traumatologie Lesdienne (c’est comme cela que l’on appelle le traumatisme des LSD), ils n’y sont pas allés par quatre chemins en constatant le développement inquiétant de leur patientèle et m’ont cité le proverbe le plus répandu dans leurs cabinets : « Au même titre qu’il n’y a pas de fumée sans feu, il n’y a pas de sodomie sans queue ». Amis poètes bonsoir.

 

 

Ceux des LSD qui décident de changer de bord se

transforment en MST : Manager Sous Traité. Le MST est un perdant de la guerre de la motivation qui est  atteint par le syndrome de celle-ci : la démotivation. Or la démotivation est contagieuse et se transmet très facilement et très rapidement à Autrui. Les symptômes de la démotivation sont aisément identifiables. Le manager atteint de MST va se plaindre systématiquement du fait qu’il n’est pas assez considéré dans l’entreprise, que tout le monde lui en veut et  que l’on ne pense jamais à lui.

Dés lors que le MST est dans la plainte il s’aperçoit également que les autres sont dans l’écoute attentive (et non plus silencieuse comme imposée par le LSD) et que lentement mais surement, il contamine beaucoup de ses collaborateurs et collègues, victimes eux aussi de la guerre de la motivation. Du coup, ses plaintes se transmettent de salariés en salariés jusqu’à arriver aux grandes oreilles des grands chefs. Tant que ça n’est que jusqu’aux oreilles, me direz-vous ce n’est pas grave Et bien si ! Les MST sont craints par ces derniers, qui préfèrent les appeler les Merdeux Sans Trône (ce qui est plutôt gênant quand on a envie d’éclabousser tout le monde) plutôt que de les considérer comme des victimes de guerre.

Ce ne sont pas les MST en eux-mêmes qu’ils craignent, mais le risque de contagion. En effet, plus on dénigre et plus on se plaint, plus on suscite d’intérêt et de compassion autour de soi. Le développement spectaculaire des MST au sein des entreprises est donc un problème pris très au sérieux.

Les grands chefs des plus grandes entreprises du CAC 0 ont dépensé des fortunes colossales pour lutter contre ce fléau. Ils ont fait appel aux plus grands experts internationaux en démotivation pour endiguer les risques d’épidémie. Mais les remèdes et les vaccins qu’ils ont proposés n’ont eu que de faibles résultats à court termes et l’on a même remarqué une rechute systématique au bout de quelques semaines.

 

Pourtant parmi l’un d’entre eux, se trouvait un jeune docteur noir du nom de Martin  Luther Queen. Bien qu’il soit jeune, il avait passé quelques années en entreprise à étudier tous les types de comportement des managers Et il avait fait les constats suivants. Dans le cas des LSD, c’était la réussite personnelle qui primait sur la réussite de l’entreprise. Dans le cas des MST, c’était la destruction de l’entreprise qui primait sur la réussite de celle-ci. En clair, que ce soit le LSD ou le MST, le succès de l’entreprise n’était jamais au cœur de leurs actions. Que les LSD ou mes MST se servaient des autres, uniquement à des fins personnelles. Pour lui, l’antidote devait être un responsable qui serait principalement axé sur la réussite de l’entreprise et qui s’entourerait et formerait des collaborateurs ayant le même état d’esprit. Cet antidote, il l’appellerait le mὲnager. Il serait composé d’abord de beaucoup d’observation et d’écoute attentives. Puis de beaucoup d’échanges avec l’ensemble des acteurs de l’entreprise. Ensuite il y rajouterait beaucoup de sens des responsabilités. Enfin il y mettrait un anti-virus appelé le courage pour combattre efficacement les LSD et les MST.

Les experts n’en revenaient pas. Qui était donc ce jeune noir bec pour prétendre détenir l’élixir miracle? Qui était –il pour croire que c’était si simple ? Que pouvait-il bien savoir  de la démotivation, par rapport à eux qui avaient passé des décennies entières à étudier celle des ouvriers et des employés sans jamais trouver la solution et sans jamais penser une seule seconde qu’elle pourrait atteindre un jour et à ce point les managers?

Devant le tollé provoqué par les propositions de Queen, ils s’accordèrent tous à admettre qu’il leurs faudrait encore beaucoup du temps pour trouver la solution. En conséquence, ils décrétèrent à l’unanimité (moins une voix), que le meilleur antidote de la démotivation pour le moment, était encore le…. LSD.

 

Par Bruno
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