Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 16:50

BORN TO MNAGER

 (8’40’’)

 

Autour de la table s’étaient réunis les plus éminents psychologues de la confrérie des psychologues, pour décider de leur avenir. La psychologie traditionnelle ayant découvert et réglé tous les maux des individus, il lui fallait maintenant explorer un nouveau terrain de chasse. Après d’âpres discussions Ils décidèrent à une très large majorité de s’attaquer au dernier fléau encore jamais exploré, le management dans  l’Entreprise.

 

 

 Le psychologue est censé traiter un patient qui a certaines difficultés. Ce dernier consulte soit de sa propre initiative, soit parce qu’il y a été contraint par son entourage. Nous nous trouvons dans une relation du « malade » vers le psychologue. Ce qui est surprenant dans notre affaire, c’est que nous sommes dans une démarche inverse, le psychologue décidant de sa propre initiative d’aller voir l’entreprise. Mais pourquoi ? Est-elle malade ? Certainement. Et même gravement pour qu’il  juge nécessaire de se déplacer lui-même sans que qui que soit n’ait fait appel à lui. Bien qu’aucune demande n’est émanée d’aucun chef d’entreprise- ceux-ci étant convaincus de l’efficacité et  du bien fondé de leurs méthodes, ainsi que du bien être qu’elles procurent  à leurs salariés-,  quelques psychologues allèrent donc en voir certains pour réaliser des expériences sur le comportement humain et le management. Seuls quatre dirigeants acceptèrent cette intrusion.  Et ce, pour une seule raison. Tellement convaincus qu’ils manageaient bien, les conclusions que tireraient les psychologues ne pourraient que les inciter à continuer, voire à être encore plus durs avec leurs salariés. Ils ne se doutaient pas

 à ce moment-là, de la monumentale erreur qu’ils venaient de commettre.

 

L’heure était venue maintenant de choisir les quatre représentants des psychologues. C’est à cet instant que les premiers problèmes commencèrent. Ils venaient tous pour la plupart d’écoles diverses et avaient donc des visions différentes de la psychologie.  En désaccord sur tout, ils ne s’appréciaient pas beaucoup non plus. Le choix fut donc difficile. Alors, plutôt que de prendre les quatre meilleurs qui se tireraient dans les pattes, ils décidèrent de prendre les quatre moins pires : les frères Dalton.

Un an plus tard, après un dur labeur, les frères Dalton rendaient leurs conclusions. En fait il n’y en avait qu’une, mais elle fît l’unanimité. La situation des quatre entreprises qu’ils avaient étudiées était grave, voire désespérée et ce malgré d’excellents résultats financiers. D’un seul coup les psychologues se levèrent et commencèrent une standing ovation. La clientèle et le business étaient là où ils l’avaient pensé. Ne pouvait pas être psychologue qui voulait, pensèrent-ils fièrement. Se congratulant chacun leur tour d’avoir eu le nez aussi fin, Jo Dalton prit la parole. Eh oui, une fois le problème détecté, il fallait faire des propositions en termes de management pour le régler.

 

 

Jo, après sa dure année de labeur passée à chercher la meilleure proposition, exposa la sienne : axer le management sur un mode directif, où le patron serait celui qui connait tout  mieux que tout le monde, et qui est le seul à décider. Cette proposition reçut un accueil chaleureux.

Puis ce fût Jack qui prit la parole. Il proposa de son coté d’axer le management sur un mode bienveillant qui permettait de rassembler les collaborateurs pour qu’ils donnent leur avis. Alors que Jo s’apprêtait à surgir de sa chaise prêt à l’étrangler, Jack le rassura en lui disant qu’il était d’accord sur le fait que seul le patron devait prendre la décision. Cette conclusion eu l’avantage de calmer son frère. La solution de Jack fut à leur tour saluée.

Lorsque William monta sur l’estrade pour présenter sa proposition d’un management participatif, il était blême. Il connaissait le tempérament de Jo et savait qu’il pouvait craindre le pire. Il commença donc par le rôle du patron. Celui-ci réunirait ses collaborateurs pour discuter de la solution adaptée, mais sa position ne compterait seulement qu’un peu plus que celle des autres. Jo devint rouge mais resta sur sa chaise. Ce n’est que lorsque que William exposa sa dernière remarque qu’il se rua sur lui. William venait de proposer que chacun des collaborateurs reconnaissent les compétences des autres. A califourchon sur William, il fallut quatre éminents psychologues pour raisonner Jo et le faire retourner à sa place. L’incident clos, William reçut une salve d’applaudissements. Devant le succès de sa proposition, William retrouva ses esprits et retourna s’assoir loin de Jo. Il n’en restait plus qu’un à passer : Averell.

Averell était le plus cool des Dalton. Et bien que Jo fût déjà dans les startings blocks prêt à bondir, Averell ne s’en émut pas plus que ça et exposa tranquillement sa proposition. Pour lui le management devait être délégatif C’est la relation de confiance dans l’équipe et la décision de groupe qui rendaient le management efficace. Alors que la plupart de l’assistance attendait avec anxiété la réaction de Jo, celle-ci n’arriva pas. Et pour cause. Jo venait d’être victime d’une syncope. Soulagés et pleinement satisfaits de la proposition d’Averell, l’assistance  l’applaudit ouvertement.

 

 

Ces cinq minutes passée à écouter les analyses des frères Dalton qui avaient passé une année à les élaborer, avaient enchantées tous les psychologues présents. Il leurs fallait à présent décider de celle qui serait mise en place. Mais comme d’habitude, personne n’était d’accord sur rien. Il y avait des partisans de chaque type de management. Les pros-ceci, les antis-cela et  les semis-quelque chose. C’est alors que Jo fit sa réapparition dans la salle. Entouré de deux hommes en blanc et vêtu d’une camisole de force, il paraissait calme et détendu. Ce n’était qu’illusion. Dés que le silence revint, il hurla de toutes ses forces que c’était sa méthode à lui, la meilleure. Que toutes les autres étaient nulles et qu’ils les tueraient tous, etc. Les deux hommes en blanc sortirent immédiatement de leur poche une seringue et piquèrent Jo, qui en l’espace de quelques secondes redevint amorphe. Les deux hommes rassurèrent les psychologues en leurs disant qu’ils seraient maintenant tranquilles pour quelques heures. Serait-ce suffisant pour prendre une décision ? En tout cas il le fallait, le business ne pouvait attendre. Le docteur Follamour sage parmi les sages, intervint pour dire qu’il ne fallait pas contrarier les fous et suggéra de retenir les propositions de Jo. L’argument du fou avait fait mouche. Il faut tout de même préciser que la déontologie en psychologique interdit formellement de contrarier qui que ce soit, et encore moins un fou. Elle interdit également d’imposer, de prendre position, de conseiller, etc. Tout est pratiquement interdit dans la charte des psychologues, sauf une chose : la suggestion. C’est elle qu’utilisa  Follamour pour convaincre les autres membres.

 

 

Tous les psychologues des pays développés furent invités à suggérer à toutes les entreprises (vendre étant également interdit par la charte), de mettre en application le mode de management de Jo. Les chefs d’entreprise, pas psychologues pour un sou, tombèrent sous le charme des suggestions onéreuses, qui elles, étaient très largement suggérées par la charte. Imaginez-vous ce que peut couter une de ses suggestions. Le fait pour un patient d’être écouté par un psychologue qui n’a le droit de ne rien dire, coute déjà extrêmement cher. Mais lorsque c’est l’inverse qui se produit, à savoir un psychologue qui suggère une méthode de management à un patron qui n’a le droit de ne rien dire, le prix est très largement multiplié. Attention, le psychologue ne dit jamais combien cela coute. C’est interdit par la charte. Il vous suggère simplement de lui donner tant, car les dons sont autorisés par celle-ci.

 

 

Le pouvoir de suggestion des psychologues avait fait des merveilles. La plupart des entreprises avaient adhérer aux propositions de Jo et mis en place le management directif. Les résultats ne se firent pas attendre. D’un point de vue économique tout allait bien. Mais pour les salariés il n’en était pas de même. Ce mode de management n’était pas motivant, ne laissait pratiquement aucune place à la créativité et allait même jusqu’à créer une certaine résistance, voire une résistance certaine, de la part de quelques énergumènes. Au diable  les résistants !, déclarèrent les psychologues. Leurs suggestions étaient été claires, nettes et précises : elles permettaient de redonner de l’efficacité à l’entreprise, pas de se soucier d’éventuels renégats. Pour eux la mission était accomplie.

Ce n’était pas forcement ce qu’en pensait les patrons. Bien que les résultats économiques fussent bons, certains d’entre eux voyaient leur situation sociale se dégrader, engendrant ainsi un début de baisse d’activité. Ils rappelèrent les psychologues pour qu’ils viennent soigner les entreprises de leurs maux sociaux. Cette fois la démarche était la bonne. Ce sont les entreprises malades, qui demandaient les conseils des psychologues-guérisseurs.

 

 

 Leurs demandes furent rapidement satisfaites. Le docteur Follamour, toujours sage parmi les sages, sortit de sa manche le mode de management que William Dalton avait proposé quelques années plus tôt : le management bienveillant. Celui-ci fut aussitôt adopté. Là encore les résultats ne se firent pas attendre. L’efficacité économique était là. Les salariés  admiraient leurs responsables, il y avait un sentiment d’appartenance et une entraide entre les groupes. Tout cela fonctionna jusqu’au moment où l’identification au groupe était telle qu’ils se querellaient entre eux. L’entreprise était devenue une sorte de cité avec des guerres de gangs de moins en moins maitrisées par les patrons. Ce climat d’insécurité avait un impact négatif sur le développement de l’entreprise. Pour éviter  d’en arriver aux émeutes, une nouvelle intervention des psychologues devenait urgente.

 

 

Follamour accueillit  à nouveau et  à bras ouverts, la délégation de patrons venue lui demander une suggestion qui serait certainement plus chère encore que la précédente, inflation oblige. Comme la charte le suggère, il écouta très longuement et très patiemment sans rien dire. Cette attitude était vécue par les patrons comme un signe d’immense intérêt, d’une totale prise en compte de leurs attentes.

 Les larmes qui se détachèrent du visage de Follamour, n’étaient pas des larmes de compassion ni d’impuissance. Elles étaient le reflet d’un éclat de rire qu’il se devait de contenir. Peu importait ce que disait les patrons, il avait depuis bien longtemps anticipé leur visite et leurs plaintes. Une fois remis de son fou rire maitrisé, véritable exploit que seuls les psychologues de grande renommée réussissent, Follamour leurs donna la solution : le management participatif de Jack dalton.

Une fois de plus la suggestion de Follamour avait des merveilles pour les résultats financiers de l’entreprise. Les salariés étaient motivés. Ils travaillaient ensemble, réfléchissaient ensemble, reconnaissaient les compétences des autres, avaient davantage de responsabilités et tout ça pour le même salaire. C’est là que le bât blessa. Une poignée d’irréductibles (surement d’anciens énergumènes), refusant de participer à ce mode de management « gratuitement » commençait à avoir de plus en plus d’influence à l’égard des autres, qui  à leur tour refusaient de réfléchir et de participer plus pour gagner la même chose. Devant ce retournement de situation, les patrons pensèrent à un moment à revenir aux modes de management préconisés par Jo  et William Dalton. Malheureusement ceux-ci avaient montrés leurs limites. Ils ne leurs restaient donc plus qu’une solution, retourner voir le Follamour en espérant qu’il trouve enfin la solution miracle. Ils ne furent pas déçus.

 

 

Follamour leur suggéra de mettre en place le mode de management préconisé par Averell. Celui-ci apaiserait les tensions. En redonnant de la confiance aux salariés et en leur accordant le droit de décider, tout rentrerait dans l’ordre.

De retour dans leurs entreprises respectives, le management délégatif fut mis en place et tout le monde se mit à prendre des décisions sans prévenir personne.  Ceci conduisit à ce que dés qu’une décision était prise par quelqu’un, un autre arrivait juste derrière pour en prendre une autre, souvent contraire à celle qui venait d’être appliquée, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’entreprise fut au bord du chaos. On ne savait plus qui était qui et qui faisait quoi. L’entreprise était au bord de l’implosion. Les tensions entre les décideurs de décisions contraires aux décisions précédentes grandissaient. Il  devenait urgent de prendre une décision.

 

 

Les patrons décidèrent donc de se rencontrer afin de tirer un bilan de tout ce qu’ils avaient mis en place depuis la première suggestion des psychologues.

Le premier constat fut que d’un point de vue économique tout avait parfaitement fonctionné et qu’il fallait à tout prix continuer à développer leurs entreprises. Le deuxième constat fut plus décevant. Les patrons avaient tout fait pour que leurs salariés se sentent de mieux en mieux. Ils les avaient impliqués, fait participer, ils leurs  avaient donné plus de responsabilités, permis de prendre des décisions. Mais malgré tout cela, le climat social n’avait jamais été si mauvais.  Devant tant de dépit, ils décidèrent une dernière fois de retourner voir Follamour. Mais pour une fois, celui-ci n’avait plus rien à leurs proposer. Afin de ne pas perdre ce marché juteux, il leurs dit qu’il allait y réfléchir et leur fixa un rendez-vous pour la semaine suivante. Dés que les patrons furent partis, il se précipita à Saint Anne où quelques décennies plus tôt, il y avait fait enfermé son plus virulent adversaire à la tête de la confrérie des psychologues, le professeur Pawelski-Dantec.

 

 

Pawelski-Dantec, avait lui aussi travaillé pour le monde de l’entreprise, et ce, bien avant les frères Dalton. Il en avait tiré des conclusions radicalement opposées à ses confrères, préconisant de remplacer le management par le mὲnagement. Le mὲnagement s’articulait autour de  trois axes.

Le premier était qu’il fallait ménager tous les salariés de l’entreprise. Ils n’avaient comme les patrons, que deux bras, deux jambes et une tête. Il ne servait donc à rien de leur en demander plus que ce que leur corps ne pouvait  accepter. Le toujours « plus vite » réclamé par les patrons avaient des incidences physiques et psychologiques qui entrainaient inexorablement une baisse de productivité à plus ou moins long terme. Incidences physiques, car à force d’aller toujours plus vite, les salariés s’essoufflaient, se fatiguaient et inévitablement, commettaient des erreurs, qu’il fallait rectifier et qui avaient un coût pour l’entreprise. Le trop de fatigue engendraient systématiquement des arrêts maladie préjudiciables au bon fonctionnement de celle-ci. S’ajoutait à cette fatigue physique, la fatigue psychologique. Le fait de ne pouvoir atteindre les objectifs fixés par les patrons créait du stress. Cela avait amené Pawelski-Dantec à se poser la question sur la faisabilité des objectifs. Pourquoi les patrons se sentaient-ils obligé d’en demander plus que ce, qui en toute objectivité, était atteignable. Il émit deux hypothèses. Soit les patrons n’avaient pas confiance en leurs salariés et savaient pertinemment que pour atteindre une base 100, il fallait leurs demander 120, soit ils n’avaient pas conscience des  réalités internes et/ou externes de leurs entreprises. En tout état de cause, les problèmes venaient d’une méconnaissance soit de leurs équipes, soit du marché ou pire encore, des deux.

C’est la méconnaissance des salariés par les responsables qui conduisit Pawelski-Dantec à travailler sur son deuxième axe : faire le ménage des individus pour leur redonner de l’éclat.  

 

 

Lors de ses nombreux entretiens avec les salariés, Pawelski-Dantec s’était rendu compte, que seule une minorité des salariés semblait réellement motivée. Mais contrairement à ce que les patrons et lui-même pensaient, ça n’était pas la réussite de l’entreprise qui les motivaient, mais la leur. Cette minorité souhaitait gagner beaucoup plus d’argent et obtenir un nouveau statut social qui leurs donneraient accès à des responsabilités et à un certain pouvoir. Quant à l’immense majorité des salariés, celle-ci souhaitait tout simplement faire correctement ce pourquoi elle était payée et être reconnue pour ce qu’elle faisait. Evidemment, elle souhaitait également gagner plus, comme tout à chacun, mais pour des motivations différentes centrées autour  de l’amélioration de leur quotidien. Une fois encore la réussite de l’entreprise n’était pas au cœur de leurs motivations. Malgré cela, cette majorité l’intéressait. Il était convaincu qu’elle était la source de la réussite de l’entreprise.

Il entreprit donc de s’intéresser aux motivations personnelles de cette catégorie. Au cours de ses entretiens, où il observait et écoutait attentivement ses interlocuteurs, il découvrit que toutes les personnes avaient des motivations différentes et communes à la fois. Celles-ci s’articulaient soit autour des loisirs (sports, voyages, rencontres, amis, etc.), soit autour du foyer (éducation, art de vivre, jardinage, décoration, etc.). Il s’aperçut également, grâce à des échanges profonds et sincères avec eux, que toutes ces motivations demandaient des talents particuliers en termes d’organisation, de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être.

Devant autant de talents, il se demandait comment les entreprises avaient fait pour, non seulement ne pas les mettre en valeur, mais au contraire pour les laisser moisir. Il se demandait également quelle différence humaine aussi importante il pouvait y avoir entre les patrons et les salariés. Certes un patron pouvait avoir fait de grandes études, mais était-il capable d’organiser un tournoi de foot  qui impose d’avoir du  charisme? Il pouvait parler plusieurs langues, mais était-il capable d’avoir la patience nécessaire pour accompagner un enfant dans un cursus scolaire qui nécessite une bonne pédagogie ? Il pouvait également être élégant et racé, mais était-il capable de partir seul au bout du monde, ce qui demande force de caractère et courage ?

Enfin, il décela dans les yeux de ses interlocuteurs, un bonheur réel de parler de ce qu’ils aimaient. Par modestie, aucun d’entre eux ne mettaient en avant les talents personnels que leurs actions nécessitaient, mais il les sentait fiers au fond d’eux-mêmes.

Les dizaines d’exemples de tous ces salariés avec tous leurs talents individuels, le subjuguaient au point de se trouver « petit » face à la plupart d’entre eux. Certes, ses interlocuteurs n’avaient pas son talent d’observateur, mais ils en avaient tous au moins un que lui non plus n’avait pas.

 

♫.

 

Une fois tous ses entretiens réalisés, il ne lui restait plus qu’à faire travailler ses petites cellules grises afin de mettre en adéquation les besoins de l’entreprise et les talents individuels. Ainsi, les salariés enfin reconnus comme des individus à part entière, se verraient attribuer des missions en fonction de leurs talents, qu’ils prendraient plaisir à réussir.

Mais Pawelski-Dantec n’était pas dupe. La réussite de l’entreprise ne pouvait reposer uniquement sur l’angélisme des différents acteurs. Etre centré sur les objectifs et prés de ses collaborateurs ne suffisait pas.  Il fallait que tout le monde aille dans le monde, au risque de mettre en péril la bonne marche et l’évolution de l’entreprise. Faire le ménage en se séparant de ceux qui ne voulaient ou ne pouvaient pas apporter leur contribution au bon fonctionnement, était le troisième et dernier axe de Pawelski-Dantec absolument indispensable à la réussite du mὲnagement.

 

 

Se séparer d’un collaborateur n’est jamais aisé,   sauf bien évidement, si celui-ci a commis une faute lourde (vol, agression, etc.) qui soit réellement avérée. Mais en dehors de ce motif, Pawelski-Dantec mettait trois conditions au licenciement d’un collaborateur.

La première consistait à s’assurer que l’on n’en avait pas demandé plus au salarié que sa définition de fonction le stipulait. En effet, il n’était pas rare dans les entreprises de licencier quelqu’un pour un travail mal fait ou non fait, alors que celui-ci n’apparaissait nulle part sur sa définition, ou pour un travail non effectué dans les délais fixés par les responsables, alors même que ces derniers en auraient été incapables. Et puis, il n’était pas rare  non plus,  de licencier une personne parce que le rythme ou les résultats exigés par les responsables, allaient au-delà de l’acceptable, et que celle-ci ne pouvait pas suivre. Pawelski-Dantec, qui n’était pas plus futé qu’un autre, s’était, contrairement à d’autres, rendu compte que les tous les salariés des entreprises-de l’employé jusqu’au PDG- n’avaient que deux jambes et deux bras, et qu’on ne pouvait pas leur demander de faire un travail en nécessitant trois. Enfin, il s’était aperçu le premier, que le fait de ne pas ménager le corps avait des incidences extrêmement négatives sur la tête. Quand le corps est fatigué, la tête se fragilise, et les problèmes qui en découlent conduisent fatalement au licenciement. (Le fait de ne pas savoir n’est pas un problème dans l’entreprise. Le Savoir s’apprend et se transmet. C’est le fait de ne pas pouvoir faire ou de ne pas pouvoir être qui l’est. Il faut donc ménager l’Homme pour qu’il puisse en concluait Pawelski-Dantec.

 

 

La deuxième condition consistait à s’assurer que tout avait été fait par les responsables pour accompagner et donner de l’éclat au salarié. Si celui-ci avait été recruté ou promu, c’est qu’il avait certainement des talents. Mais combien de fois , au contraire, Pawelski-Dantec avait-il vu des responsables tirés à boulets rouges sur leurs collaborateurs sans qu’ils s’y soient une seule seconde intéressés. Ces responsables qui ne cherchaient à comprendre ni leur personnalité, ni leurs différences, ni à adapter leurs talents personnels aux objectifs de l’entreprise. Qui ne cherchaient à comprendre ni les causes de leur démotivation, ni les raisons de leur baisse de régime.

Ces cyclopes qui n’avaient d’yeux que pour leur hiérarchie, devenaient subitement aveugles face à leurs subordonnés.

Pour que les salariés atteignent les objectifs de l’entreprise, Pawelski-Dantec préconisait donc d’observer et d’écouter attentivement ses collaborateurs. Puis face à leurs talents ou à leurs difficultés, avoir un échange profond et sincère avec eux pour leur permettre, soit de progresser, soit de se remettre au niveau où on les  attendait. Pour cela il fallait  les accompagner et les former.

 

 

Contrairement aux deux premières conditions qui incombaient principalement des responsables, la troisième dépendait uniquement du salarié. Une fois que les deux premières conditions avaient été mises en place et appliquées par les responsables, il ne restait plus au  salarié qu’à jouer le jeu en acceptant d’être accompagné et/ou d’être formé. Si celui-ci refusait, il devait quitter l’entreprise. Il était clair pour Pawelski-Dantec, que l’entreprise n’avait pas à supporter et tolérer un collaborateur qui refusait systématiquement la main qu’on lui tendait. Certes, il en avait tout à fait le droit. Il avait également le droit légitime d’être en désaccord avec les objectifs qui lui étaient fixés, les moyens qui lui étaient donnés et les responsables qui le manageaient. Mais dans ces cas, il ne pouvait plus continuer à travailler pour l’entreprise, les décalages étant trop important. Le plus important pour Pawelski-Dantec, était l’objectif à atteindre. Peu importait la couleur de la peau, la religion, les convictions, les situations personnelles de l’ensemble des salariés. En revanche il fallait TOUS qu’ils aient un point commun : être centré sur l’atteinte de l’objectif.  C’était la recherche permanente du Graal par chaque individu, qui faisait l’équipe. Et si un seul membre de l’équipe n’avait pas cette quête en tête, il déséquilibrait l’équipe, qui du coup risquait de ne pas l’atteindre.

Il aimait à prendre cet exemple de l’équipe de France de 1898 victorieuse de la coupe du monde de la Soule face au Brésil. Il disait que si l’équipe de France avait gagné cette coupe, c’est parce qu’aucun joueur ne jouait pour soi, qu’aucun joueur ne jouait pour quelqu’un, mais que tous les joueurs jouaient pour quelque chose. Et si jamais il y en avait eu un qui n’avait pas eu cet objectif en tête, il aurait rapidement quitté l’équipe.

Il ne fallait donc pas avoir peur de licencier quelqu’un si ces trois conditions étaient établies. Mais le licenciement ne devait être utilisé que pour des raisons professionnelles, pas personnelles.

 

 

Sur le fond, la grande idée de Pawelski-Dantec était de rompre avec la pyramide managériale et de créer un losange mὲnagériale. Pour lui, le patron était toujours à l’origine des objectifs et l’unique décisionnaire. Mais il devait en discuter avec ses plus proches collaborateurs qui en feraient de même avec les leurs et ainsi de suite jusqu’à la base.  Tous les échanges entre tous les salariés devaient au moins avoir un point commun : être centrés sur l’objectif demandé par le patron. Mais la particularité du mὲnagement s’appuyait sur les différences de chacun. Chacun devait avoir une idée et ce quelque soit son statut et ses origines. Evidemment il fallait qu’elle soit argumentée, défendue, qu’elle fasse l’objet de critiques et qu’elle suscite l’échange. Celle-ci pouvait être bonne ou mauvaise. Cela importait peu. L’essentiel était d’en avoir au moins une. Après tous ces échanges entre les responsables et leurs équipes, le pouvoir de sélection des meilleures idées leur revenaient. Mais ils avaient pris le temps d’expliquer aux participants les raisons de leurs choix. De ce fait, les salariés dont les idées n’avaient pas été retenues, ne se sentaient pas « bernés ». Et puis ça n’était pas parce que leur idée n’avait pas été retenue cette fois qu’il en serait de même la fois prochaine. Une fois les idées sélectionnées, le même schéma d’échanges se reproduisait entre tous les responsables directs et leurs hiérarchies. Et ainsi de suite jusqu’à la décision finale prise par le patron. On était donc parti du haut du losange avec l’objectif du patron pour arriver en bas du losange avec sa décision finale.

 

 

Les opposants de l’époque lui firent remarquer que ce mode de management prendrait énormément de temps,  que le temps c’était de l’argent et que les patrons n’en avaient pas à perdre. Pawelski-Dantec s’attendait à cette remarque.

« En management vous avez raison, leur répondit-il. La pyramide managériale donnet toute autorité au patron de fixer un objectif et de décider de son mode d’application, et ce sans en discuter avec qui que ce soit. »

L’avantage du management était que ce système ne prenait pas de temps et par conséquent, qu’il était censé faire gagner de l’argent. Mais  cela créait une quantité innombrable de dysfonctionnements de toutes sortes : incompréhension,  décalage entre la théorie et la réalité du terrain, conflits entre les services et les personnes, sabotages, démotivation, mouvements sociaux, etc... Cela  retardait tous les jours un peu plus l’atteinte de l’objectif. Et ce qui devait faire gagner beaucoup d’argent en coutait d’abord beaucoup. Pawelski-Dantec avait interprété à sa façon le proverbe lié au temps et à l’argent en disant : « si le temps c’est de l’argent, alors prenez-en beaucoup pour en gagner beaucoup ». Pour lui le fait de prendre du temps au départ permettait d’en gagner ensuite. Les décisions prises s’appliquaient sans encombres majeures- puisque longuement étudiées et validées par l’ensemble des acteurs de l’entreprise- et permettait d’être disponible physiquement et psychologiquement pour parer en toute sérénité au moindre petit pépin. Créer de la disponibilité était la meilleure façon de créer de l’efficacité. Efficacité, elle-même considérée comme le moteur de la réussite.

 

 

Mais l’époque avait bien changé. Tout ce qu’avaient préconisé les psychologues d’Antan, n’avaient pas donné les résultats escomptés. Contraint de s’en remettre à la théorie de Pawelski-Dantec, Follamour organisait une réunion avec les chefs d’entreprise pour leur présenter et leur soumettre celle-ci. Le fiasco déclenché par ses propositions obligea Follamour non seulement à démissionner, mais à dissoudre également  la confrérie.

Devant la mime défaîte de tous ses ex-collègues qui venaient l’invectiver, Pawelski-Dantec fit une dernière belle action avant de mourir : il créa la S.P.A (Société des Psychologues Abandonnés). A ce jour, et malgré son internationalisation, elle est encore obligée d’en refuser, faute de place

Par Bruno
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 16:49

JEUX DE SOCIETES

 (8’40’’)

 

Bonjour je m’appelle Patrice Sel De Guérande (PSDG pour les uns, PSeudo Directeur Général  pour les autres). Je suis Grand reporter dans un Grand journal d’une Grande rédaction dans le Grand pôle, prés de la Grande civilisation des Inuits. « L’Inouï » mon journal est dirigé d’une main glaciale par  Patrick Le Bô.

Il y à 6 mois Patrick m’appelle dans son bureau pour me demander de faire un papier sur les suicides récents dans les usines PENAULT spécialisées dans la fabrication d’articles de mode. Les usines PENAULT appartiennent à François Penault, grand propriétaire glacien. Il possède également le groupe Printemps-Eté-Automne-Hiver qui vend tout au long de l’année les produits  élaborés dans ses bureaux d’études et fabriqués dans ses usines. Depuis plusieurs saisons le produit le plus à la mode, non seulement chez les Inuits, mais aussi dans le monde entier, est le STRESS. N’ayant jamais eu l’occasion depuis mon arrivée chez les Inuits de savoir ce que c’était, passant mon plutôt mon temps à m’emmerder, je demandais à Patrick de m’en dire un peu plus.

 

 

Le STRESS est un jeu de sociétés. Il se compose d’un dé et de 5 cartes. Le dé n’a que deux faces : une face stresseur et une face stressé. Les cartes, elles s’intitulent sourire, hurlement, humiliation, chance et joker. Le STRESS peut se jouer à plusieurs, mais seuls deux joueurs peuvent s’affronter en même temps. Les règles sont les suivantes:

Un tirage au sort désigne le premier à jouer. Celui-ci lance son dé. S’il tombe sur la face stresseur, il choisit la personne contre qui il va jouer et la carte qu’il va utiliser. S’il prend la carte sourire, il devra stresser son adversaire avec le sourire. S’il choisit la carte hurlement, il devra stresser son adversaire en hurlant. Enfin s’il choisit la case humiliation, il pourra utiliser soit le sourire soit le hurlement pour l’humilier.  

La personne désignée lance à son tour le dé. S’il tombe sur la face stresseur, on aura un duel stresseur-stresseur. Il pourra lui aussi, choisir une des 3 cartes citées ci dessus pour stresser son adversaire. En fonction du choix de ce dernier il pourra ou utiliser la même carte, par exemple hurlement-hurlement, ou en prendre une autre qui pourrait donner un combat hurlement-sourire.

 Si le dé tombe sur la face stressé, le joueur peut utiliser les trois premières cartes. Dans ce cas il devra être un stréssé souriant, un stressé hurlant, ou un stréssé humilié. Sinon il pourra choisir l’une des deux dernières cartes, chance ou joker. S’il choisit la carte chance, il aura le droit d’absorber une dose de Guronsan ou une dose de Prozac. Attention ces deux produits ne sont pas fournis dans le jeu. Il faudra donc veiller à toujours en avoir sur soi. Cette carte est rarement utilisée en début de jeu. Enfin, s’il choisit la carte joker il aura accès à toute une liste de conseils en suicide. Cette carte est souvent la dernière abattue

Le dernier cas de figure peut opposer deux stressés. Dans ce cas, les 5 cartes sont à leur disposition, chacun choisissant celle qui lui sied le mieux.

 

 

Les raisons pour lesquelles ce jeu fait des ravages m’apparurent tout d’un coup évidentes. D’abord chaque participant peut être à des moments différents stresseur ou stressé. Il peut avoir des attitudes totalement différentes en fonction de son adversaire. Ensuite le STRESS peut se jouer n’importe où, il suffit simplement d’être au moins deux. C’est pour cela que l’on trouve le STRESS partout : à la maison, au travail, chez des amis, à la campagne, en voiture, etc. Et puis tout le monde peut  y jouer. Il n’y a pas d’âge limite. Les enfants peuvent jouer avec les parents, les amis entre eux, les salariés avec leurs chefs, les maris avec leurs femmes. On peut même y jouer avec des personnes qu’on ne connait pas, comme en voiture, en discothèque ou quand il y a des grèves….. Enfin, il peut se jouer tout le temps avec un rôle différent à chaque fois. On peut avoir été stresseur à son travail et être stressé par ses enfants quand on rentre. On peut également avoir été stressé par son conjoint et être stresseur avec ses amis. Les cas sont sans limites. Toutes les possibilités existent. C’est tout simplement formidable.  Enfin, ce qui est génial et fascinant à la fois c’est de voir de telles métamorphoses s’opérées aussi facilement en aussi peu de temps.  « Enorme » comme dit toujours mon ami Pierre Thomas.

 

 

Accompagné de mon fidèle lieutenant Khô Lôm Bô, un petit inuit malin et rusé comme une otarie, je filais à l’aéroport pour prendre un vol d’Inuit. Inuit Airlines, la plus grande compagnie aérienne de la banquise, ne possédait qu’un biplan sans moteur qui ne pouvait glissé que le jour. Il nous fallait donc nous dépêcher.

La glissade jusqu’à l’usine Penault dura deux heures. Arrivés sur place, nous nous rendîmes directement à l’usine où nous avions rendez-vous avec le directeur des Ressources Humaines, un certain Latrouille. Celui-ci nous accueillit avec beaucoup d’inquiétude. Il semblait nerveux et craindre quelque chose. Khô Lôm Bô, en fin observateur, me fit remarqué qu’il venait certainement de jouer une partie de STRESS et qu’il avait du tombé sur la face stressé. Je n’avais encore jamais vu un joueur de STRESS. Mais les symptômes du stressé étaient visibles : mâchoire crispée, sourcils froncés, ongles rongés, légères  convulsions des membres inférieurs et supérieurs, hésitation permanente dans le choix des mots et regard fuyant. Tout d’un coup, les larmes au bord des yeux, il sortit de sa poche une petite boite.

« Prozac, me dit Khô Lôm Bô, toujours aussi percutant.  Il a du choisir une carte chance », renchérit-il.

S’éclipsant quelques instants pour avaler ses comprimés, il revint en s’excusant.

« Excusez-moi, je suis vraiment désolé.., j’espère que vous ne m’en voudrez pas…, ce n’est pas de ma faute…, je fais de mon mieux…, j’essaie mais…, je vous promets que la prochaine fois…, laissez moi une chance…, je vous en supplie surtout n’en parlez pas ».

Devant tant de courtoisie (Patrick avait omis de me dire que le STRESS  rendait si poli) je lui exposais le but de notre visite. Nous souhaitions rencontrer quelques joueurs  afin de discuter avec eux de ce phénomène planétaire qu’était le STRESS.

« Je vais vous envoyer l’un de nos meilleurs stresseur me dit-il. Il s’appelle Rôk Khô. Vous verrez, c’est un type remarquable. »

 

 

Rôk Khô était plutôt beau gosse et devait plaire aux femmes. Il se définissait comme un stresseur professionnel et se comparait volontiers aux harders. Pour les catholiques pratiquants je ne sais trop quelles pratiques pas très catholiques, les harders sont des niqueurs professionnels dans les films à caractère pornographique, selon l’expression consacrée. Ils passent leur temps à « baiser » leurs partenaires. Rôk Khô nous cita les différents points communs entre les deux professions. Il fallait être dur et tendu pour arriver à ses fins, être les seuls à prendre du plaisir, faire hurler ses partenaires, les humilier, être endurant et patient. Mais surtout, il fallait tout avoir dans le pantalon et rien dans la tête. A ce sujet sa formule préférée était : «  les harders ont une grande queue, nous, on a une grande gueule ». Il en était si fier qu’à chaque fois qu’il la sortait (sa formule, pas sa q….), il partait dans un fou rire.

 Au moment où il allait quitté la piéce Khô Lôm Bô lui posa une dernière question.

« Vous n’auriez pas un frère par hasard ?

 Si, Freddy. Il est acteur aux studios XXL,  lui rétorqua-t-il.

 C’est bien ce que je pensais. Ma femme adore votre frère, répondit Khô Lôm Bô.

Alors que Rôk Khô  s’éloignait tranquillement, le Latrouille réapparut. Gesticulant toujours autant, il nous demandait avec un sourire crispé si tout s’était bien passé, si nous étions satisfaits, s’il ne nous manquait de rien, etc. Je le rassurais et lui demandais si nous pouvions voir quelqu’un d’autre.

« Oui, oui…, tout de suite…, pas de problème…, je m’en occupe…, deux petites secondes ».

Manifestement son état ne s’était pas amélioré. Quelques secondes plus tard nous vîmes arrivé un personnage très calme, précédé de Latrouille dont l’état empirait puisqu’il était maintenant courbé.

 

 

« Je vous présente Monsieur Crôkh Môr, notre Directeur Général » dit Latrouille qui n’arrivait toujours pas à se redresser.

Crôkh Môr était un personnage bas en couleur. Tout de noir vêtu avec une chemise blanche et une cravate bleue marine, il s’assit sans nous saluer. Dés qu’il fût installé à son aise, il tapa dans ses mains, provoquant immédiatement un départ à la Usian Bolt de Latrouille vers Laporte (entraineur de l’équipe de STRESS), qui l’attendait dans le couloir. Alors que je commençais à poser ma première question, il nous fit un grand sourire et nous dit qu’ici nous n’avions pas le droit à la parole, tout du moins tant qu’il ne nous la donnait pas.

« Face stresseur carte humiliation » me susurra discrètement Khô Lôm Bô. «

 Mais nous ne sommes pas là pour jouer, lui répondis-je tout aussi discrètement.

 Lui, si » conclut-il.

Monsieur Môr commença par nous raconter l’histoire du STRESS. Selon lui la plupart des joueurs en ignore l’origine. Sont-ce les stressés qui ont engendré les stresseurs ou les stresseurs qui ont engendré les stressés ? L’univers se posait  la même question pour la poule et l’œuf.

Pour  les plus grands paléontologues, l’hypothèse la plus probable, est que les stressés ont existé avant les stresseurs. Pour eux, c’est la peur de ne pas pouvoir satisfaire leurs besoins physiologiques  à cause de la météo, qui a créée les stressés. Crôckh Môr soutenait cette analyse. Pour lui, l’Homme n’avait aucune responsabilité à l’égard des stressés. Seuls la pluie et le beau temps pouvaient avoir un impact sur leur comportement.

« Ma femme n’est pas d’accord avec vous,  s’aventura à dire Khô Lôm Bô.   

J’en ai rien à foutre de votre femme » conclut Môr en se levant et en quittant la pièce sans un mot ni un regard.

Rasant les murs, Latrouille pénétra à nouveau dans le bureau et nous dit que nous ferions mieux de partir maintenant.

Alors que nous rejoigniions notre biplan sans moteur, nous vîmes Latrouille courir en notre direction. En regardant partout autour de lui pour s’assurer que personne ne nous voyait, il nous emmena dans un endroit isolé.

« Allez voir les esquimaux, au Chôkh ô laht, Ils vous en diront plus sur le STRESS ».

Puis il repartit aussi vite qu’il était venu.

 

Le Chôkh ô laht était une petite province du Grand pôle située prés de Mikh ô. Khô Lôm Bô la connaissait parfaitement. Il y était né. A notre arrivée, nous fûmes accueillis par le professeur Nina  Hagen-dass, veuve du célèbre sportifologue Adi Das, décédé  tragiquement dans un combat avec un puma lors d’un safari. Nina était une éminente paléontologue Polonaise, passionnée par l’univers de la glace et apprécié dans le monde entier.

Ereintés par notre journée et nos deux voyages, nous nous rendîmes à l’hôtel et fixions un rendez-vous pour le lendemain matin avec Nina.

Le lendemain à 10h, nous la retrouvions à l’endroit convenu. Elle me demanda tout de suite comment allait Latrouille.

«  Pas fort, lui dis-je. Il nous est apparu fébrile comme au bout du rouleau. En revanche, Monsieur Crôkh Môr nous est apparu en pleine forme et au sommet de son art. Mais ses propos quant aux origines du stress ne nous ont pas totalement convaincus et même quelque peu désorientés. »

 Nina nous donna alors  sa version.

 

Pour elle, l’analyse de Môr se défendait, mais elle était incomplète. Le temps était bien à l’origine du stress. Mais avec les siècles, certains stressés devinrent des stresseurs. Cette mutation s’opéra malgré leurs besoins physiologiques pleinement satisfaits. Pour quelques uns, la peur de manquer était devenue une obsession. A la moindre vue de viande ou de volaille les, stresseurs hurlaient systématiquement « Yaka-Fokon ». Devant leur ton plus qu’agressif, les stressés qui ne devaient plus l’être depuis l’invention du congélateur, n’avaient d’autres choix que de partir à la chasse en trainant des pieds et contre leur gré.

« Que signifiait « Yaka-Fokon ?, demanda Khô lôm bô.

Yaka désignait le Yack, donc la viande, Fokon désignait le faucon, donc la volaille. En hommage à leurs ancêtres, les dignes héritiers des stresseurs ont souhaité faire perdurer l’expression « Yaka-Fokon » qui a toujours le même sens : « si tu veux manger, y’a qu’à, donc faut qu’on…. ».

Et d’arc en flèche, certains stresseurs sont devenus chefs des stresseurs, devenus eux-mêmes chefs des stressés.

Tout cela nous fascinait. Nous découvrions à travers le récit de Nina que le STRESS avait vraisemblablement été le premier jeu de société et qu’il existait depuis la nuit des temps. Alors pourquoi en parlions-nous autant en ce moment ?

« Chaque chose en son temps les amis » nous dit-elle.

Il lui fallait prendre les éléments dans l’ordre. Elle continua son résumé en abordant les caractéristiques et les méthodes des stresseurs.

 

 

Tout d’abord ne jamais oublier que le stresseur est un stressé qui ne peut pas renier ses origines. On ne nait pas stresseur, on le devient. Ensuite,  c’est la peur de manquer qui pousse à agir. Cette peur se transforme progressivement en peur de l’autre. Elle est omniprésente chez le stresseur à l’égard de son chef par exemple. Puis il y a la faiblesse. Etre faible face à son supérieur en n’osant pas lui dire ce que l’on pense, va entrainer le faible à se déchainer sur un plus faible que lui qu’il va stresser à son tour. C’est à ce moment qu’il va utiliser les fameuses trois cartes du STRESS.

 

 

La carte « hurlement » est de toute évidence la plus

ancienne, puisqu’à l’époque, le langage n’existait pas. Le stresseur, en ces temps, se démarquait du stressé par des hurlements plus importants assimilés à des aboiements. De nombreuses études du Docteur Jekill ont démontré que le hurlement engendrait dans une très large majorité, un blocage à la résistance et une obligation de faire. Il alla même jusqu’à affirmer, qu’un stressé qu’il nomma  Adolph pour l’anecdote, fin observateur de ses congénères, s’en était rendu compte. Celui-ci, agacé par la crainte paralysante de ses semblables et assoiffé de pouvoir, prit le parti (pas encore national socialiste) d’user de ses hurlements pour contraindre les autres à faire ce qu’il voulait, à savoir maitriser le temps. Conscient qu’il ne pourrait jamais y arriver seul, il s’entoura de quelques hystériques pour qui le hurlement était naturel. Les stressés n’avaient plus qu’à bien se tenir.

Pendant des siècles le hurlement à fait des merveilles et continue encore de nos jours, à être employé fréquemment.

 

 

Devant tant de facilité à faire obéir les autres, les stresseurs commençaient à s’ennuyer. Un mauvais jour, l’un d’entre eux qui s’appelait Max, décida de tenter une nouvelle expérience. Il paria avec ses compagnons qu’il arriverait à faire peur aux autres, mais en souriant. Tous les autres se mirent à hurler. Restant calme et souriant, il leurs demanda de le suivre pour leur en faire la démonstration. Tous allèrent dans une pièce vitrée  à l’exception de Max, qui se plaça dans un autre bureau, où tout le monde pouvait le voir, mais pas l’entendre. Une fois installé, il fit monter un stressé. Celui-ci arriva comme d’habitude tétanisé. Alors que Max parlait en souriant, le stressé se détendit et se mit presqu’à sourire. Les autres stresseurs se gaussaient.  « Il est fou ce Max » disaient-ils. Mais au bout de quelques minutes, alors que Max souriait tout le temps, le visage du stressé redevint blême et son corps se recroquevilla. Max le salua avec courtoisie et le stressé quitta la salle dans le même état, sinon pire qu’à son arrivée. Le groupe se dit qu’il avait eu de la chance, qu’il avait mis au point son numéro avec le stressé. Mais Max recommença plusieurs fois, jusqu’à ce que tous les stressés soit passés. Et à chaque fois cela marchait. Lorsqu’il sortit rejoindre ses partenaires, ceux-ci se jetèrent sur lui pour lui demander comment il avait fait. « La menace, Messieurs, rien que la menace, mais avec le sourire ». Max la menace était né. A ce jour son proverbe est gravé sur tous les bureaux des stresseurs : « Pourquoi hurler quand pour obtenir le même résultat on peut sourire».

 

 

Certains de ces gentlemen stresseurs mirent au point la carte humiliation qu’allaient également utiliser les accros du hurlement. Elle n’avait d’autre but que de voir jusqu’où on pouvait abaisser quelqu’un. Elle connut son heure de gloire, mais n’est plus aujourd’hui utilisée que par une minorité majoritaire. Il faut tout de même reconnaitre à cette carte des vertus, puisqu’elle a été à l’origine de la création des deux dernières cartes

 

 

La carte chance a été créée à contre cœur par les stresseurs. Devant un taux d’absenteisme  en pleine explosion principalement du à la carte humiliation, les stresseurs ne trouvèrent pas d’autres solutions. Pour pallier aux multiples absences à répétition des stressés, deux solutions s’offraient à eux. Soit faire leur travail à leur place, soit les maintenir en état de continuer à travailler. La première solution fut vite abandonnée par crainte de voir les stresseurs stresser à cause de la surcharge de travail que cela leur occasionnerait. La deuxième, retenue à l’unanimité, fut mise en place rapidement et le taux d’absentéisme se stabilisa. Malheureusement la carte chance avait un coût au niveau des mutuelles bien trop important pour l’entreprise qui ne tolérait plus de supporter. C’est de cet argument qu’est  née la carte « Joker ».

 

 

Nina nous ayant parfaitement expliqué les origines du STRESS, Khô Lôm Bô lui posa une dernière question.

« La carte joker est-elle destinée à se développer ?

 C’est un excellente question Monsieur Khô Lôm Bô » lui répondit-elle.

 Nina nous dit alors, que la carte joker n’avait que peu d’impact économique sur l’entreprise. En revanche l’image qu’elle donnait pouvait lui nuire. Face à cette nuisance, elle nous expliqua que les bureaux d’études de PENAULT travaillaient actuellement sur des formations permettant de mieux gérer le STRESS des stressés.

« Et pour les strésseurs ? », demanda mon fidèle lieutenant.

 Vous me décevez Monsieur Khô Lôm Bô. Avez-vous déjà oublié que seuls la pluie et le beau temps sont à l’origine du STRESS? ».

Bien joué pensais-je.

 

 

L’après midi Nina nous emmena voir les esquimaux dont nous avait parlé Latrouille. Les esquimaux ont créé un laboratoire unique au monde, l’INPEP : Institut Nationale Pour l’Efficacité Permanente. Comme les usines PENAULT, ils travaillent à l’élaboration d’un jeu de sociétés : le TRAC. Pour cela ils se sont inspirés des artistes et des sportifs.

Le TRAC est un jeu qui contient 4 cartes : une carte objectifs, une carte temps, une carte moyens et une carte TRAC. Le but du jeu est d’une facilité déconcertante. Il suffit d’atteindre l’objectif dans un temps fixé avec les moyens mis à sa disposition. Une fois le temps imparti écoulé, le traqueur prend la carte TRAC et présente ses résultats. Les cartes « objectif », « temps » et « moyens »  sont méticuleusement choisies par le responsable du traqueur qu’il a sélectionné. Pour les créateurs du TRAC ces règles sont essentielles. Les cartes et les traqueurs doivent impérativement être compatibles. Une fois les cartes reçues, le traqueur les découvre et se met au travail. Il ne bronche pas, ne râle pas, ne pose aucune question. Il sait que l’objectif est difficile à atteindre, mais clair, que le temps est court, mais réalisable, que les moyens sont légers mais suffisants. Enfin il sait que s’il a été sélectionné, c’est pour ses compétences et sa capacité à s’adapter à toutes les situations. Les créateurs ont apporté un soin tout particulier au contenu des cartes afin qu’elles soient crédibles et réalisables. Malgré cela le TRAC demande un travail énorme de réflexion et d’intelligence. Il faut solliciter ses petites cellules grises en permanence, utiliser la totalité des moyens techniques et humains mis à sa disposition, parfaitement gérer son temps avec interdiction formelle d’en faire plus qu’autorisé. Le traqueur y consacre toute son énergie.  Une fois l’objectif atteint dans le temps imparti, il prend la carte TRAC et vient présenter ses résultats. Comme tout a été fait pour que l’objectif soit atteint, il n’y a que des gagnants.

C’est l’envie de bien faire, d’aller au bout de soi, d’honorer la confiance de l’autre,  le respect et  l’humilité qui ont donné son nom au TRAC. Mais il y a une obligation au TRAC, c’est que tout le monde joue le jeu.

 

 

Chôkh ô B.N au Chôkh ô  Lath, était un véritable  Kôhn glacée (une légende en langage esquimau). C’est lui qui dirigeait l’INPEP qu’avait créé son grand père Chôkh ô Pôps bien des années plus tôt. Lorsque je lui demandais s’il avait vendu beaucoup de TRAC, il me répondit aucun. Comme à son habitude Khô Lôm Bô posa une dernière question. 

« Comment expliquez-vous ça Monsieur Chôkh ô B.N ?

 Le TRAC fait peur, car le Pouvoir n’est pas au centre des préoccupations des traqueurs. Seule l’atteinte de l’objectif importe » répondit-il.

Remerciant Nina et Chôkh ô B.N pour toutes les informations qu’ils nous avaient donné, nous repartîmes chez nous. Le lendemain J’écrivais mon papier en reprenant tout ce que j’avais appris sur les jeux de société et le concluais par une petite devinette : quelle est la différence entre le STRESS ET L E TRAC :

 

Celui qui  crée le stress cherche à faire mal,  celui qui a le trac cherche à bien faire

Par Bruno
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 16:48

LES ENVAHISSEURS

 (8’40’’)

 

 Alors que j’avançais dans la rue, je me retrouvais face à un superbe immeuble en forme de soucoupe volante. C’était là. J’y étais. Ma nouvelle entreprise se dressait devant moi comme prête à décoller, mais avec moi à son bord.

 OVNI était une société étrangère dont les origines étaient peu connues, mais dont le l’expansion au niveau international était ahurissant. Elle avait des succursales dans le monde entier et comptait désormais des centaines de milliers de salariés, voire des millions. Personne n’en savait trop rien, ni ne savait où cela allait s’arrêter.

 

 

J’entrais donc dans cet antre et me dirigeai vers le bureau des ressources humaines.  Alors que je  passais devant un bureau ou il était inscrit ressources naturelles, une personne me héla et me dit que le bureau que je cherchais était certainement celui-là. Je lui fis remarquer qu’il devait y avoir une erreur, que je cherchais le bureau des ressources humaines et non celui des ressources naturelles. 

«  Qui y-a-t-il de plus naturel que les ressources humaines ? me dit-il.

 Humainement » lui dis-je un peu pris de court.

« Humainement ???? » pensais-je. Mais pourquoi avais-je répondu cela ? N’aurais je pas du répondre « naturellement » ? Que se passait-il donc ? Ou étais-je tombé ?

Arrivé devant la fameuse porte des ressources naturelles je vis d’écrit sur la porte : bon sens interdit. Après avoir frappé à la porte j’entrais, le saluais et m’empressais de lui demander la signification de cette maxime. Le responsable des RN, un ancien de la DDE (Direction Départemental des Extra…), me reçut et dit que ce n’était qu’un mauvais jeu de mot et que je devais plutôt comprendre : « bon : sans interdit ». J’avais à faire à un petit farceur

 

 

La première chose que je constatais en découvrant tous les services  que me faisait visiter mon nouveau chef, fut que les gens couraient dans tous les sens, se télescopant, s’excusant et se dépêchant. Ceux qui  ne couraient pas étaient assis et discutaient. Là encore les discussions partaient dans tous les sens, les uns défendant avec acharnement leur position et les autres campant fermement sur les  leurs. Bref, une vraie petite ruche bruyante et étourdissante.

Ensuite, lorsque j’essayais de poser une question à l’un des marathoniens qui n’arrêtait pas d’aller et venir, il me répondait systématiquement qu’il n’avait pas le temps.

« Perdu, me dit alors mon chef.

 Perdu ? Mais comment-ça perdu ? Qu’ai-je dit ?

          Vous avez posé une question mon jeune ami, me rétorqua-t-il.

 Et alors ?... » lui répondis-je.

Il me parla à ce moment de ces anciens tournois  de joutes des chevaliers du moyen âge. Chaque personne qui courait  et qui en croisait une autre, devait non pas utiliser une lance pour la désarçonner, mais répondre le plus rapidement possible par « pas le temps » dés qu’une question lui était posée.

« Vous savez mon jeune ami, dans certaines entreprises il y a des vendeurs des informaticiens et bien d’autres catégories de personnel indispensables au bon fonctionnement de celles-ci. Nous avons également ces catégories. Mais notre force par rapport à nos concurrents repose sur cette catégorie que nous appelons les PALETAN, qui sont grassement payés et qui passent tout  leur temps à ne jamais en avoir ».

   Comment épelez-vous ça ?,  demandais-je.

            P.A.L.E.T.A.N car on n’a pas le temps d’écrire « pas le temps » en entier.

           Et que font-ils alors ?  

  Nous n’en savons rien puisqu’ils n’ont pas le temps de nous l’expliquer. » 

 

 

Nous nous dirigeâmes ensuite vers les bureaux où les discussions semblaient acharnées. Mon chef me dit alors que j’allais découvrir la deuxième grande particularité de la société OVNI: le NONPAPOSSIBLE ou NONOTPOSSIBLE selon que l’on soit francophone ou anglophone.

Ce que je considérais comme un jeu était en fait un véritable art martial redoutable venu de France et qui consistait à dire le plus possible «  Non, pas possible ou No, not possible », dés qu’une proposition était faite. Bien qu’il fût crée à l’origine pour être joué de façon verticale, des grands chefs vers les petits chefs et des petits chefs vers les salariés, il s’était naturellement développer de façon horizontale. Se battre les uns contre les autres ne leur suffisant plus, il leur fallait se battre en eux. Grands chefs contre grands chefs, petits chefs conte petits chefs et salariés contre salariés. L’avantage, me dit mon chef c’est que tout le monde pouvait participer aux tournois de NONPAPOSSIBLE. D’après lui, cela créait une véritable émulation. Lorsque je lui demandais s’il pouvait m’expliquer les règles de cet art, il me répondit spontanément : « non pas possible ».

 

 

En fait tout le monde paraissait occupé, voire débordé. Et pourtant rien ne semblait avancer. Chacune des personnes présentes jouaient soit au PALETAN, soit au NONPAPOSSIBLE. J’avais l’impression d’être dans un casino. L’emprise du jeu rendait les gagnants fous et totalement accrocs au PALETAN et au NONPAPOSSIBLE.  Quel était le sens de tout ça ? Aucun pour moi. On tournait en rond, un peu comme la roulette de la case TRODETRAVAIL.

 Ah oui, j’allais oublier de vous parler de cette dernière spécificité d’OVNI. Au fond de la salle, je vis une porte fermée. Je demandais à mon chef ce qu’il y avait derrière et il m’y emmena. Je découvris alors une immense pièce avec une immense table ovale et de grands fauteuils en cuir.

« Cette salle est réservé aux très grands chefs me dit-il. »

 Bizarrement, la salle était vide.  Mon attention fut alors attirée par le dessus de la table. En face de chaque fauteuil en cuir, se trouvait d’inscrit « TRODETRAVAIL ». 

«  Cette salle est somptueuse, mais comment se fait il qu’il n’y a personne ? 

 Vous savez, les très grands chefs ne sont que très  rarement dans leur entreprise. Ils ont trop de travail à faire ailleurs pour rester ici à ne rien faire. »

 

 

Après cette matinée passée à découvrir les structures de ma nouvelle entreprise, j’intégrais mon bureau. Une fois installé, je décidais tout de même d’aller  revoir les Paletans pour qu’ils m’expliquent pourquoi ils n’avaient pas le temps. Leurs réponses furent unanimes ?

  « Non pas possible.

  ????? », pensais-je interloqué.

 J’avais cru comprendre que le NONPAPOSSIBLE était réservé aux petits chefs. Je me dirigeais donc vers la table des NONPAPOSSIBLE pour leur demander s’ils pouvaient m’aider à régler les problèmes des PALETAN ? Ils me répondirent tous en cœur :

 « trop de travail . 

 ?????? »  Repensais-je réinterloqué.

Le TRODETRAVAIL était pourtant, me dis-je le domaine réservé des grands chefs. Je me risquais donc à aller voir mon chef pour qu’il m’explique ce qu’il se passait. Sans me regarder il me dit d’un ton assez sec :

«  pas le temps ! 

 ?????? »  Rerepensais-je, reréinterloqué.

Mon chef était aussi un PALETAN ? Je n’y comprenais plus rien. Qui était qui et qui faisait quoi ? Et je compris. En fait OVNI avait développé de façon intensive la polyvalence. Tout le monde faisait tout et tout le monde était tout. A un tel point qu’on ne savait plus qui était qui et qui faisait quoi. Jusqu’à se demander même s’il y avait un pilote dans le vaisseau.

 

 

Quelque chose ne tournait pas rond. Ou plutôt si. Je venais de comprendre que pour avancer l’entreprise avait besoin de tourner en rond. Et  comme la roue, OVNI tournait en rond. Et c’est cela qui la faisait avancer. Logique.

 Mais, avez-vous déjà fait rouler une roue toute seule ? Evidemment. Tant que la roue tourne ça va. Mais plus elle avance, plus elle perd son équilibre, jusqu’à s’écraser lamentablement contre le sol. J’ai vu bien des entreprises vacillées avant d’être reprises en main. Par contre, j’en ai vu d’autres s’écraser sans que personne ne comprenne pourquoi.

 

 

A l’issue de cette première journée, je sortais un peu groggy, me demandant sur quelle planète j’avais atterri. C’est à ce moment là que je sentis quelqu’un me taper sur l’épaule. Quand je lui fis face, celui-ci me dit qu’il s’appelait David Vincent et me demanda immédiatement si je les avais vus.

« Vu qui ? lui répondis-je  

 Eux, les envahisseurs.

 Les envahisseurs ? 

 Oui, les paletan, les nonpapossible, les trodetravail.

 Oui,  lui confirmais-je, j’ai bien vu tous ces gens là. Mais pourquoi les appelez-vous ainsi ? 

          Parce qu’ils viennent de la planète POURQUOI et qu’ils ont comme unique objectif de détruire nos entreprises. »

Je lui dis qu’il devait se tromper. Que les gens que j’avais vus là-bas semblaient débordés et absorbés par leur travail.

«  C’est ce qu’ils font croire.  A quelle, heure sont-ils arrivés au travail ? 

  En même temps que moi.

 A quelle heure ont-ils été en réunion ? 

 Peu de temps après.  

Combien de temps sont-ils restés en réunion ? 

Toute la matinée. 

A quelle heure ont-ils été mangés? 

Après la réunion. 

A quelle heure sont-ils revenus ? 

Deux bonnes heures après. 

A quelle heure ont-ils quitté l’entreprise ? 

En même temps que moi.

Alors vous comprenez ? 

Comprenez quoi ? 

Qu’ils ont le temps .Le temps d’arriver à l’heure, d’aller en réunion, de prendre leur temps pour manger et de partir à l’heure. Qu’il leur est également possible. Possible d’arriver à l’heure, d’aller en réunion de prendre leur temps pour aller manger, et de partir à l’heure. Enfin qu’ils n’ont pas trop de travail puisqu’ils arrivent à l’heure, qu’ils font des réunions, qu’ils prennent leur temps pour manger et qu’ils partent à l’heure. »

Tout cela était pourtant vrai.

«  Mais je vous assure qu’ils avaient vraiment l’air d’être débordés. 

  C’est parfois juste un problème d’organisation ou de délégation. Ou tout simplement un problème d’incompétence. Rejoignez-nous.  Je me présente à nouveau : David Vincent, mὲnager des BONSENS .

 Mὲnager des BONSENS ? Mais bon sang d’où venez-vous ? 

De la planète « COMMENT ». 

Comment ? 

De la planète « COMMENT ». Nous sommes des résistants dont la particularité est d’abord de se demander « Comment vais-je faire ? » avant de se demander « Pourquoi le ferais-je ? ». La planète Comment avec ses bonsens se demandent toujours comment elle va faire pour réussir la mission qui lui a été confiée. Les bonsens sont des gens responsables qui trouvent leur motivation dans l’envie de répondre à l’objectif qui leur est fixé. Sur la planète Pourquoi, les paletans, les nonpapossible, les trodetravail, se demandent systématiquement pourquoi ils feraient telle ou telle chose qui n’est pas de leur ressort. Cela les conduit inexorablement à se tirer dans les pattes pour faire porter aux autres toutes les responsabilités  de leur démotivation, de leur désintérêt, de leur incompétence ou de leur échec. » 

 

 

Après avoir constaté par moi-même que les envahisseurs de la planète « Pourquoi » allait dans le mauvais sens, et que ce que me disait David Vincent s’appuyait sur du bon sens, je décidai de rejoindre son équipe de résistants. Il me prévint que c’était très dangereux, car les Trodetravail de la planète « Pourquoi »  cherchaient à exterminer les Bonsens de la planète « Comment ».

«  Pourquoi veulent-ils vous exterminer ? » Me risquais-je à lui demander.

Je sentis chez lui à ce moment là une crispation, une inquiétude, un doute quant à ma réelle identité. S’était-il trompé sur moi ? Etais-je un Trodetravail ? Le fait de demander pourquoi signifiait que je n’avais rien compris, induisant que je n’avais pas écouté ce qu’il m’avait dit. Je compris assez vite que les salariés de la planète Pourquoi n’avaient que peu d’intérêt pour ce qui leurs disait les autres, et qu’ils étaient surtout curieux. Cette curiosité avait un double intérêt. La première c’est qu’elle faisait parler celui qui en avait envie et qui aimait s’écouter. La deuxième c’est qu’elle lui évitait de répondre à la question. Je fis remarquer à David Vincent que le fait de demander pourquoi pouvait être le résultat soit d’une mauvaise explication, soit d’une explication incomplète de la part de l’orateur, comme si ce dernier avait quelque chose à cacher.

« Félicitations, vous avez tout compris, me dit-il. C’est la principale particularité des habitants de la planète Pourquoi. Leurs explications ne sont jamais très claires et suscitent inévitablement la question « pourquoi ? ». Le pourquoi en tant que question,  est chez eux, une sorte de tic ».

Ayant repris mes esprits je demandais à David Vincent comment ils s’y prenaient?

«  Ils cherchent à nous piéger. En particulier à travers notre reformulation. En effet quand les bonsens exposent leurs idées ou leurs projets pour atteindre les objectifs, les paletan ou les nonpapossible demandent systématiquement pourquoi. Le bonsens demande alors, si la personne qui lui a posé cette question l’a écouté. Si celle-ci répond oui, le bonsens lui demande de répéter ce qu’elle à retenu. Dans 100% des cas, le paletan est incapable de répondre correctement. 

 Mais si la réponse qu’il donne est bonne ? 

Eh bien c’est que c’est un bonsens qui cherche à savoir si l’orateur est un paletan ou nonpapossible. 

Et comment le sait-il ? 

Si au bout de quelques secondes l’orateur lui coupe la parole c’est que l’orateur est un paletan. Si au contraire il l’écoute attentivement c’est que c’est un bonsens, donc un allié. 

Mais les paletans ne vous démasquent jamais ? 

Non puisqu’ils n’ont pas le temps de nous écouter. » 

Comment l’entreprise pouvait-elle s’en sortir ? Entre ceux qui avait du bon sens qu’on n’écoutait pas et ceux qui n’écoutait pas et qui n’en n’avait pas, cela ne devait pas être aisé. Et pourtant cela fonctionnait depuis des décennies, voire des centennies.

 

Je me mettais donc au travail avec comme seule idée en tête d’atteindre les objectifs qui m’avaient été fixés. Mais dés que je faisais une proposition, je me heurtais systématiquement à un PALETAN ou à un NONPAPOSSIBLE. Et quand je voulais voir un très grand chef, on me disait que ça n’était pas possible, qu’ils avaient trop de travail et que de toute façon ils n’avaient pas le temps. La totale quoi.

Je décidais donc de mettre en place ma propre organisation avec mes propres idées. Cela m’allait être fatal.

Quelques jours plus tard je reçus un courrier m’informant que j’étais convoqué à la direction des RN. J’étais ravi et pensais qu’on voulait me voir pour me féliciter et me proposer une promotion. Arriver devant la porte du bureau des RN, je percutais. Le panneau ! Ce fameux panneau « bon : sans interdit » censé  n’être qu’un mauvais jeu de mot. Tout de suite j’eus un mauvais pressentiment. J’avais surement été démasqué puis balancé.

J’entrais dans le bureau et me retrouvais face à un drôle de personnage. Il était immense, avait une longue cape noire, portait un drôle de masque sur la tête, avait à sa ceinture une espèce de bâton avec une lame fluorescente et surtout il avait une drôle de voix. Le pauvre me dis-je  la nature ne l’avait pas gâtée. Sur son badge était inscrit son nom : Dark Vadehors. Je n’en n’avais jamais entendu parler. A peine étais-je rentré qu’il commença un compte à rebours. Cinq, quatre, trois, deux, un. Et lorsqu’il dit « ignition » (allumage), je me sentis décoller et projeter à l’extérieur de l’entreprise. Alors que je m’apprêtais à m’écraser lamentablement contre le sol, je sentis quelqu’un me donner un léger petit coup de pied et un grand coup d’épaule.

«  Eh Bobby, réveille- toi. Ça va être à toi d’expliquer tes résultats. »

Emergeant doucement de ma longue somnolence, je pris conscience que je venais de  faire un cauchemar. Face à moi, je vis tous mes collègues en costume cravate. Soulagé d’être revenu sur terre, je commençais à expliquer mes résultats dans un brouhaha continu, perpétré par mes collègues qui n’arrêtaient pas de se contrarier. Au bout de quelques secondes mon chef m’interrompit et me dit :

  «  Bon, merci Bobby. »

Je lui fis remarquer que je n’avais pas fini et que je souhaitais continuer. Mais il me rétorqua que ce n’était pas possible, qu’il y avait trop de travail et par conséquent, pas le temps pour des explications.

Par Bruno
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 16:47

LA BASSE COUR

 (8’40’’)

 

C’est dingue comme une basse cour ressemble à une entreprise. Bien plus ancienne que cette dernière, la basse cour a indubitablement servi à élaboré les principes du management moderne et se doit d’être considéré aujourd’hui comme l’ancêtre de l’entreprise. D’ailleurs comment aurait-il pu en être autrement ? Quel autre exemple avons-nous d’espèces aussi différentes des unes des autres (oie, poule, âne, cochon, moutons, cochon, veau, chien) réunies ensemble au service d’un fermier, premier manager de l’histoire ?

J’ai la certitude aujourd’hui  que les hommes se sont servis de ces animaux pour créer le management. La preuve en est qu’on y retrouve toujours les mêmes personnages : l’âne, l’oie, la vache, le veau, la poule, le coq,  le chien et les moutons. Comme dans l’entreprise !

 

 Soyons honnêtes,  tous ces noms d’animaux  sont ceux auxquels nous pensons quand les managers se retrouvent ensemble en réunion. Quand  une personne répond une ânerie on dit de lui que c’est un âne. Quand une autre personne répond par une vacherie, on dit d’elle que c’est une peau de vache. Quand quelqu’un essaie de faire de l’humour, et que cela tombe à plat et on dit de lui « quel veau ! ».Quand une femme se met en avant à travers son maquillage et sa tenue, on dit d’elle que c’est une poule. Quand un homme se la joue à travers une attitude ou une réponse on le compare à un coq. Quelqu’un qui est toujours sur ses gardes et se rebelle dés qu’on veut lui demander quelque chose, est traiter d’oie. Quelqu’un qui ronchonne tout le temps a un caractère de cochon. On trouve aussi celui qui est toujours d’accord avec le chef et que l’on surnomme le toutou. Mais la grande majorité d’une réunion de managers est constituée de moutons qui sans rien comprendre à quoi que ce soit, ou tout simplement sans s’y intéresser, suivent le mouvement.

A l’inverse de la basse cour, il y a la haute cour, celle qui juge, celle qui dirige, celle qui a le pouvoir de vie et de mort sur tous. Elle est représentée dans l’entreprise par le chef et par le fermier dans la ferme.

Enfin la court centrale n’existe qu’à Rolland Garros

Mais, cette basse cour n’en serait pas vraiment  une s’il n’y avait pas le renard, animal malin et rusé, bannit de toutes les fermes. Celui qui prend et qui  mange sans jamais se faire piéger. Eh bien c’est moi ! Quoiqu’à bien y réfléchir et compte tenu de mes mésaventures, j’ai la certitude aujourd’hui que  ma mère a du fauter et qu’elle a trompé mon père avec un âne. Ce qui fait de moi aujourd’hui plus un anard (conjonction d’âne et de renard, an ard qui fait anard. Ok ?), plutôt qu’un renard.

 

 

La ferme dans laquelle je chassais s’appelait TAGGLE, du nom de son propriétaire et  était hollandaise (il faut donc le prononcer à l’anglaise). Taggle qui possédait déjà une chaine de magasins spécialisée dans la vente de vêtements de prêt à jeter, voulait également en être le fabricant. Il lui fallait donc énormément de moutons pour produire la laine qui lui permettait de confectionner ses vêtements si particuliers. C’est pour cette raison qu’il avait acheté la ferme de Panurge.

Une fois par mois, il réunissait toute sa basse cour pour faire le point sur ses activités. J’adorais ces moments-là. A chaque fois qu’il y en avait une, je me cachais derrière une meule de foin pour écouter et tout observer. A vrai dire, écouter est un bien grand mot. Et vous allez comprendre pourquoi.

La première fois que j’ai écouté la réunion de Taggle, comme tous les autres de la basse cour, je me suis endormi. Il faut dire qu’il y avait  de quoi. Taggle convoquait toute sa basse cour pour 8 heures pétantes. A 10 heures, après être arrivés en retard, s’être salués,  après avoir pris des nouvelles de toutes les familles et discuté de toutes les rumeurs, la réunion pouvait débuter. Pour susciter l’attention de la basse cour, Taggle commençait toujours par énoncer son ORDRE DU JOUR. Ordre qu’avait le groupe de traiter l’ordre du jour dans l’ordre et dans le temps imparti. « Ja wohl mein general » répondaient-ils tous en chœur.

La matinée était donc consacrée aux points suivants: analyse des résultats du mois précédents, analyse des résultats en cours, prévision pour le futur, gestion des frais de personnels, productivité et rentabilité. Chacun avait à faire une analyse précise des points sus cités.

 

 

Je devinais assez vite que dans la ferme TAGGLE, il valait mieux la fermer. Ou en tout cas ne pas trop l’ouvrir. Surtout si c’était pour justifier de mauvais résultats. Par conséquent chacun ne faisait que lire des chiffres que tout le monde pouvait lire et expliquer ses résultats. L’explication des résultats consistait à critiquer. Critiquer le temps qu’il avait fait, l’équipe qui n’était pas bonne, les concurrents qui étaient agressifs et les clients qui volaient au lieu d’acheter. Comme ça tout le monde était content. Les animaux, parce qu’ils n’étaient pas responsable de leurs résultats, et Taggle puisque ni la collection, ni les prix, ni les surstocks ou soustocks, ni les problèmes de livraison n’étaient en cause. Ca, c’était pour l’analyse des chiffres du mois précédent. Pour le mois en cours, leur analyse consistait à dire que leurs résultats dépendraient du temps, de l’équipe, des concurrents et des voleurs. Et comme il ne restait qu’une dizaine de jours avant la fin du mois ils  ne prenaient pas beaucoup de risque. Bon, ça c’était également fait. Alors que même Taggle était incapable de prévoir le chiffre d’affaire du lendemain, il leur fallait dés à présent, prévoir celui de l’année. Ayayaille. Prenant leur courage à deux pattes, ils estimaient que le chiffre d’affaire prévu par le directeur financier de la ferme TAGGLE serait soit dépassé, et ce, en fonction du temps, de l’équipe, des concurrents et des voleurs, soit atteint,  et ce, en fonction de l’équipe, des concurrents, du temps et des voleurs, soit en dessous, et ce, en fonction des voleurs, de l’équipe, du temps et des concurrents.

Ce que j’appréciais dans leur analyse, c’étaient la diversité de leurs réponses. Elles étaient toutes  différentes et toute aussi plausibles les unes  que les autres. Et cela satisfaisait Taggle.

A midi, la matinée ayant passée très très très lentement à lire à voix basse ce que les autres lisaient à voix haute, il était temps pour la basse cour d’aller manger sans avoir aborder le reste  des autres  sujets prévus le matin, comme la gestion des frais de personnels, les rentabilités et les productivités qui pour la plupart, de toute façon, étaient extrêmement mauvais. Mais cela n’était pas si grave puisque Taggle, lui, les avait attentivement étudiés. De toute façon, devant l’impression impressionnante que m’avaient faite les animaux, j’avais la conviction qu’ils auraient pu répondre à toutes les questions qui leur aurait été posées.  En grands professionnels qu’ils étaient, ils avaient sans aucun doute étudié ces points  et préparé des réponses basées sur les conditions climatiques, l’état d’esprit de leurs subalternes, les petits prix des concurrents et  tous les vols dans les magasins.

 

 

A leur retour, sur les coups de 14h30, j’entendais la basse cour chanter gaiement  « j’ai bien mangé, j’ai bien bu, j’ai la peau du ventre bien tendu, merci petit Jésus ». Cela n’entamait en rien la volonté de Taggle de respecter son ordre du jour. Il décidait donc de passer aux points prévus l’après midi qui s’avéraient être aussi passionnants que ceux du matin: Administration, compte rendu des CE et évolution stratégique de l’entreprise. Ah l’administration et toutes ses secrétaires issues de l’ex Allemagne de l’Est qui vous dénonçaient pour ce que vous n’aviez pas fait ou mal fait. Qui vous donnait du « il faut que….sinon j’en parle à qui de droit ».Qui vous faisait des sourire en tête à tête et qui vous enfonçait après, et ce toujours en public. La secrétaire de Taggle, Ana stasie, était la petite chienne à son pépère. Toujours à ses cotés, les oreilles droites, elle était  a l’affût de la moindre parole malveillante. Bien qu’ayant été récupéré en ex Allemagne de l’Est, Ana stasie était Pékinoise. Comme tous les petits chiens, Ana stasie était hargneuse. Elle s’en prenait toujours au plus faible. Avant l’arrivée d’Ana stasie, il y avait un lama dans la ferme TAGGLE. Dala-i, (Serge en Français) était  le seul de son espèce dans la ferme. Il passait son temps à écouter, à conseiller sans jamais cracher à la figure de qui que ce soit. Sa sagesse était appréciée, même si par moment la basse cour eut aimé qu’il se révolte un peu. L’arrivée de la Pékinoise ne lui en laissa pas le temps. Elle commença par l’endormir, puis s’acharna tellement contre lui que Taggle décida de l’exiler en Inde où se trouvait le siège social de toutes ses sociétés. Siège social infesté de secrétaires pékinoises. Pauvre Serge, si tu nous écoutes….

 

 

Taggle  savait que les après midi étaient terribles pour l’attention de la basse cour. Mais il s’en moquait un peu. Lui aussi digérait, baillait, somnolait et rêvassait à ce qu’il ferait à sa retraite qui s’approchait à grands pas.

Mais cette après-midi là fut différente. Il venait certainement de se faire remonter les bretelles de sa salopette par le S.P.E.C.T.R.E (Sanctuaire Protecteur Et Confrérie des Taggle Réunis Ensemble) dont le chef Dan (dent en francais), son père, se faisait appeler N°1. Dan Taggle ne supportait plus de voir son fils baissé sa salopette en réunion. Il fallait qu’il en impose. Il devait donc la remonter et resserrer ses  bretelles.

Pour prouver qu’il avait bien compris le message  du père Dan (toujours Dent en français), il arriva cette après midi là avec un bocal rempli de mouches tsé-tsé.. Quelle mouche l’avait donc piqué. Une de son bocal certainement puisque dés qu’il fut entré dans la salle, il ouvrit le bocal d’où s’envolèrent toutes ses mouches. Les animaux de la basse cour étaient habitués aux mouches dans la ferme, mais elles étaient plutôt à merde. L’attaque fut brutale, tout particulièrement pour deux coqs,  car contrairement à ce que l’on croit, les mouches tsé-tsé ont la particularité d’empêcher de dormir.

 

 

Alors que tous les animaux se débattaient avec force et virulence contre cette attaque, une poule fut atteinte. Aussitôt elle pondue une ânerie. Elle qui d’habitude ne pondait rien, ne trouva rien de mieux ce jour là, que pondre non pas un œuf mesdames et messieurs, non pas deux œufs, non pas une douzaine mais bel et bien chers amis, une ânerie pour la modique somme de 599 euros.

Il faut dire qu’il est plus facile pour une poule de pondre une ânerie que pour un âne de pondre un œuf.

C’est cette ânerie qui déclencha le combat entre deux coqs qui venaient d’être touchés de plein fouet par les mouches. L’un d’eux coqs qui venait de reprendre la basse-cour de l’autre, lui reprochait de ne s’en être jamais occupé et de lui  avoir laissé une équipe dans un état déplorable. Le coq attaqué se défendit bec et ergots, arguant du fait qu’il avait agit de son mieux pour ne pas laisser se dégrader plus encore l’état d’esprit qui y régnait, et ce dans l’intérêt de son successeur.  La réaction du premier ne se fit pas attendre. Il rétorqua que c’était par lâcheté et parce qu’il craignait de faire des vagues qui pourraient remettre en cause sa candidature au bureau ovule (page   ), qu’il n’avait rien entrepris. L’autre coq sentit alors sa crête passer du rouge au carmin et ne put se contenir davantage. Il monta sur ses grands ergots, invectivant de noms d’oiseau son attaquant et lui fit comprendre clairement que c’était son incompétence à manager qui avait conduit à la dégradation du climat dans la basse cour et non la sienne. Que lui au moins, avait su ne pas créer de vagues, les poules ne sachant pas nager.

 

 

Pendant ce temps, Taggle s’était changé et  avait endossé sa tenue d’arbitre. Il comptait les points sans jamais intervenir et  jubilait. Il y avait de l’action, et en plus il n’en était pas à l’origine. Le père Dan ne pourrait rien lui reprocher. Il n’était en rien concerné par l’ânerie de 599 euros qu’avait pondue la poule. Ca n’était pas à l’ordre du jour. Il n’était là qu’en tant que simple spectateur. Il n’intervint donc jamais.

 Alors qu’ils allaient en venir aux ergots, une grosse vache ruminant dans son coin décréta….un coq. En langage basse cour, décréter un coq signifie que c’est l’heure de la pause. Il était déjà 15h30.

Les séquelles laissées par les ébats des deux coqs eurent des conséquences importantes sur la basse cour. La violence des propos et des comportements absolument pas maitrisés par Taggle, les avaient plongés dans le désarroi le plus complet. Ils sentaient que ce qu’il s’était passé n’avait laissé que des perdants. Les deux coqs ne se coqueritaient plus et étaient amères de voir que Taggle n’avait pas pris position en faveur de l’un ou de l’autre. Les autres savaient maintenant qu’en cas de problème, ils n’auraient jamais le soutien de Taggle. Mais à quoi servait-il alors ? A rien manifestement.

Le lendemain j’achetais le journal sportif du management fermier. Celui-ci titrait en gros à la Une :

UN CON BAT DEUX COQS

VERITABLE EXPLOIT D’UN FERMIER

 

 

Quelques jours plus tard au hasard de mes pérégrinations, je tombais sur une mὲnagerie. J’y vis des animaux bien plus féroces que ceux de la ferme : des Zommes qu’ils s’appelaient. Les Zommes sont une espèce animale particulière et particulièrement dangereuse. Ils peuvent être à la fois vils, agressifs, mielleux, mesquins, hargneux, râleurs, ambitieux et sont sans arrêt en train de se chercher querelle pour prendre la place de l’autre.

 Malgré cela, je m’aperçus assez vite que la situation que j’avais vue dans la ferme Taggle ne  pouvait pas se produire ici. Leur chef s’appelait le mὲnager. Pour un chef, il était bizarre. Il soignait ses animaux, s’en occupait et les mὲnageait. Il en était suffisamment proche pour anticiper leur dangerosité. Il en était responsable. A leur contact il était concentré, attentif aux moindres signes d’agressivité, à l’écoute de tout ce qu’il entendait et observait tout ce qui se faisait. Il récompensait et encourageait quand le travail qu’il demandait était bien fait. Il corrigeait et faisait recommencer quand ce n’était pas bien. Il les éveillait  Son rôle était de canaliser, tout en laissant s’exprimer la nature des Zommes. Il devait créer une harmonie.

 Dans une mὲnagerie c’était d’abord la qualité individuelle qui faisait la qualité du groupe. Et c’est cette solidarité qu’il arrivait à créer grâce à son courage et sa patience. Pour arriver à cette maitrise il devait également trancher, sanctionner, voire se séparer d’un Zomme quand celui-ci mettait en péril l’objectif du groupe. Mais il prenait toujours soin de ne jamais le blesser.

J’étais fasciné par ce que je voyais. Mais en tant que renard, ma place n’était pas là. En restant dans une mὲnagerie, je n’avais aucune chance de m’en sortir. Les mὲnagers prenaient toutes les précautions nécessaires pour ne pas se faire avoir.

Je décidais donc de m’en retourner dans ma bonne vieille ferme Taggle. Là au moins, entouré de mes oies, mes vaches, mes poules, mes moutons etc., et sous la haute autorité de Taggle, je savais que je serais tranquille.

Par Bruno
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 16:45

LES SAINTROPESQUES

 (8’40’’)

 

Trop petit, trop grand, trop dur, trop mou. Ne vous m’éprenez pas, je parle bien d’un individu trop autoritaire, trop individualiste, trop faible, trop influençable, trop rebelle, etc.

A l’inverse, on trouve le « pas assez ». Pas assez ambitieux, pas assez fort, pas assez à l’écoute, pas assez prêt, pas assez compétent, etc.

Combien de fois entend-on ces commentaires avides (ou plutôt à vide) et  éclairés des responsables à l’égard de leurs salariés. Ces 2 adverbes considérés comme les plus motivants du management, sont également les plus cités par les  responsables lorsqu’ils parlent de leurs salariés.

 

 

 Le trop a une connotation négative quand on l’utilise pour parler d’un autre. Il est également le signe annonciateur d’un non, d’un refus, quand il s’agit d’une promotion ou d’une mission particulière à effectuer. Même « le trop bon » en fait les frais, le trop étant de trop. A croire aussi que pour le management, trop bon signifie trop con. Il en devient donc aberrant de dire de quelqu’un qu’il est trop bon, puisque trop et bon en management, ne font pas bon ménage. Pour renforcer la négativité de cet adverbe, celui-ci est souvent précédé d’un binon (et non d’un bidon qui signifie avoir un double don le « don-don », qui n’est pas non plus le dindon, qui n’est fait que d’un don mais celui de la farce) : le «  non-non ». Ce binon semble souvent ferme et définitif, et peut signifier l’arrêt ou la fin d’une  carrière. Pour sauver sa carrière il n’y a donc qu’une: solution : être moins. « Comme il est trop, il faut qu’il soit moins ».

 

 

Le salarié devenu trop, l’est devenu à la demande de sa hiérarchie. En effet le trop n’est pas naturel, c’est le pas qui l’est (surtout pour le cheval).  « Je ne peux pas, ce n’est pas possible, pas maintenant, pas si vite, pas pendant que je mange, pas question, pas le temps, etc.… » sont les expressions les plus employées au travail. A tel point, qu’a chaque question posée, la première réponse qui nous vient naturellement à l’esprit, est l’une d’entre elles. Elles sont devenues un reflexe de notre langage dans l’entreprise. Un dernier petit conseil : il est très fortement recommandé, de ne pas faire ce qui n’est pas demandé par la hiérarchie.

 

 

Mais un salarié qui n’est pas, est condamné ou  n’a

 que très peu de chance d’évoluer. Il  lui est donc vital de ne jamais se trouver dans le pas. Il lui faut être au minimum dans le pas assez.

Dans le  pas assez  on trouve de l’espoir, une sorte de « tout n’est pas fini », de « c’est encore possible », « attendons encore un peu… », « Allez-y…. », « Il faut continuer… », etc. Le pas assez est souvent précédé d’un « oui mais … » positif, qui suggère qu’il pourra l’être ou le devenir. Mais pour  cela il n’aura qu’une solution : être plus.

Malheureusement le plus mène souvent au trop. Et quand on est au trop il faut aller au moins. C’est à ne plus rien y comprendre pour la plupart des salariés qui ne cherchent à faire que ce que leur demande leur hiérarchie. Cette hiérarchie qui les observe et les suit sans rien dire. Qui ne les reçoit qu’une fois atteint le trop pour leur annoncer qu’il faut faire moins.

Toutes ces remarques « tropesques » sont émises par les saints du management : Les saintropesques.

 

 

Mais le saintropesque ne s’arrête pas là. C’est un passionné du trop. Le trop qui ne qualifie que l’individu ne lui suffit pas. Il doit élargir son pouvoir à l’ensemble de la collectivité. Alors il donne trop de travail ce qui conduit les salariés à user de toutes les astuces pour en faire le moins possible ; il embauche trop de personnel ce qui conduit les actionnaires à exiger de lui qu’il en garde le moins possible ; il crée trop de stress ce qui conduit encore les salariés à être le moins possible dans l’entreprise ; il écrit trop de notes ce qui incite les destinataires à les lire le moins possible ; il parle trop ce qui incite son auditoire à l’écouter le moins possible, il achète trop ce qui l’oblige à acheter moins d’autres produits qui auraient pu se vendre et bien d’autres trop encore.

On voit clairement les effets dévastateurs de « la trop fimania » (virus extrêmement contagieux issu de l’atrophisme)  sur la santé de l’entreprise. Au lieu d’augmenter le volume et la richesse financière et humaine de l’entreprise,  « la trop fimania » ne fait que la dégrader et l’affaiblir. Le trop de stock conduit à solder voire à brader la marchandise ce qui parfois coûte plus cher que cela ne rapporte. Le trop de travail amène les salariés toutes catégories confondues à trop de stress et par conséquent à en faire moins en utilisant tout ce qui est en leur pouvoir : absence, lenteur, sabotage, syndicalisation protectrice. Le trop de personnel mène aux licenciements. Le trop de blabla écrit et oral conduit celles et ceux qui le supportent au désarroi et à la démotivation.

 

 

Mais n’a-t-on jamais chiffré le cout du trop ? Bien sûr que si. Des experts nommés par les saintropesques sont tout à fait capables d’expliquer et de chiffrer les conséquences financières catastrophiques de tous ces trop. À commencer par l’absentéisme bien évidemment volontaire des salariés. Ces salariés qui coutent déjà trop chers quand ils sont présents mais qui coutent encore tellement plus chers quand ils sont volontairement absents. Il y a également les démarques connues et inconnues qui sont chiffrables. Et là encore, elles sont dues à des salariés trop laxistes qui n’ont pas compris leur intérêt à vendre, à protéger et à surveiller tout ce qui a été acheté.

 

 

 Pour stopper les hémorragies de tous ces trop, ces experts ont mis en place toute une série de tableau de bord avec des lignes rouges à ne pas dépasser, au motif de la survie de l’entreprise. Ces tableaux de bord visent à démontrer mathématiquement que c’est parce qu’il y a trop de personnel qu’il y a trop d’absentéisme et trop de laxisme.  La suite est encore mathématique : trop de charges +(trop d’absence+ trop de démarque connue et inconnue+ trop de frais +trop de contraintes économiques, financières, sociales, écologiques)+trop de problèmes = moins d’effectifs. Il n’y a donc pas d’autres choix malheureusement, que de licencier.

Ces experts, auxquels on peut reprocher leur manque de professionnalisme, contrairement aux salariés cités ci-dessus, sont à l’affût du moindre petit trop qui les conduira à la solution idéale. Ils ont les yeux rivés sur leurs petites lignes, et sont prêts à bondir dés que l’une d’entre elles sera franchie. Car chez ces gens là monsieur, on ne rigole pas avec les lignes, non monsieur, on ne rigole pas,…on vire.

Mais ces mêmes experts, une fois identifiées les raisons et les conséquences d’un échec, sont ils capables d’en comprendre les causes ? Pas sur. D’ailleurs, à quoi cela servirait-il ? Et puis cela prendrait tellement trop de temps.

 

 

Le mὲnagement considère que c’est la méconnaissance partielle ou totale d’un individu, d’une collectivité, d’un besoin ou d’un marché qui crée le trop. Son but n’est donc pas d’aller vers le plus qui conduit au trop mais d’aller vers le mieux qui conduit au meilleur. Comment faire mieux, au lieu de comment faire plus. Et contrairement au proverbe managérial « qui peut le plus peut le moins », le mὲnagement privilégie le « qui peut le mieux le fait et c’est tant mieux». Cette distinction entre le plus et le meilleur est fondamentale. Dans le plus il y a la notion de quantité, alors que dans le mieux on trouve la notion de qualité.

 

 

J’ai plusieurs fois constaté que ce n’était pas forcément la meilleure personne ou le meilleur candidat qui était choisi pour telle mission ou telle promotion, mais plutôt le « Plus Quelque Chose » (le PQC) : le plus docile, le plus mobile géographiquement, le plus condescendant, le plus servile, le plus affable, etc. On pouvait même aller jusqu'au plus compétent en prenant quelques risques. Mais rarement jusqu’au meilleur. 

Il faut dire que la liste des nominés dans la catégorie des « «PQC » est souvent longue, très longue, très très longue. En revanche, celle du meilleur est trop courte pour les saintropesques puisqu’elle n’en contient qu’un. Et c’est ce qui les frustre. Trouver le meilleur est trop facile. Il  leur faut donc chercher d’autres critères moins aisés, mais qui prennent plus de temps. Et de plus de temps en plus de temps on en arrive vite à trop de temps passé à chercher. Il faut alors conclure rapidement et trouver la solution la moins pire qui s’avère souvent être le choix d’un PQC. Déroutant n’est-ce pas ?

Les saintropesques apprécient également le PQC pour ses qualités de oui oui (le bioui). Le bioui (qui se prononce bi oui et non biou i qui ne veut rien dire) est un petit animal ambitieux mais docile, toujours prêt à rendre service, extrêmement obéissant, fidèle , très attaché à ses maitres et qui ne dit rien quand il est jeté par ceux- la mêmes qui l’ont élevé. Les saintropesques savent aussi qu’ils peuvent toujours lui demander plus. Le PQC a cette faculté de ne jamais dire non, contrairement au meilleur qui, lui, l’emploie trop souvent. N’oublions pas que le binon est le domaine réservé des saintropesques et que nul d’autre qu’eux n’est à même d’avoir le droit et le privilège de pouvoir l’utiliser. Les saintropesques savent enfin que la durée de vie d’un PQC dans sa nouvelle fonction est de courte de durée, puisqu’il arrivera à un moment donné, à être un trop. Ce sera alors le moment pour eux de lui en demander moins, en le déclassant ou en se séparant tout simplement, pour laisser la place à un nouveau PQC avec lequel les saintropesques feront la même chose.

 

 

Il faut dire que cette espèce florissante est protégée dans l’entreprise. En plus, tout y est prévu pour qu’ils s’y sentent à l’aise et en sécurité. Car le PQC a un ennemi et un seul, mais redoutable : le meilleur. Et oui, le meilleur fait peur et pas seulement aux PQC mais aux saintropesques également. Et ce pour une seule raison : le meilleur est le seul qui pourrait  leur prendre leur place. Alors pour l’amadouer, le dompter, les saintropesques lui demandent parfois de devenir un PQC. Il en devient alors agressif. Etre plus docile, plus à l’écoute, plus malléable, sont des termes qui le rendent méchant et qui lui font dire la formule que seuls les saintropesques ont le droit d’utiliser :non-non. Les meilleurs qui utilisent le non-non, sont ceux qui ne se sont pas convertis au PQC. Ils sont appelés communément par les saintropesques, les non-non flingueurs. Ils sont craints car honnêtes et uniquement au service de l’entreprise contrairement aux saintropesques qui eux ne sont au service que de leurs propres interêts.

Mais le meilleur à un talon d’Achille : il lui manque juste un petit Plus Quelque Chose.

Par Bruno
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